‹ La princesse des UrsinsChapitre 191 sur 278 · AVEC LES ÉTRANGERS · texte numérisé non relu

AVEC LES ÉTRANGERS

marquis de Saint-Philippe, en proclamant à son tour les mêmes connivences criminelles, vient corroborer la valeur plu3 ou moins grande de ces témoignages divers par Tautorité toujours respectable du sien ^ Seul, le duc de Saint-Simon, ordinairement si bien renseigné sur tout, déclare qu'il ne sait pas si, dans Taflaire du duc de Aiedina-Cœli, il y eut ilautre crime que celui qu'il a signalé et qui est que ce ministre avait eu la témérité de vouloir voler de ses propres ailes *, noble et innocente victime sans doute d'une ambition, naturelle au génie I Mais, si on relit certains des historiens précédents, on découvre peutêtre le motif secret de celte prétendue ignorance, qui, de sa part, semble plutôt une réticence calculée. La Beaumelle nous dit que le duc de Médina-Cœli fut soupçonné tTêtre vendu au duc d^ Orléans^ ; et l'historien anonyme de la cour de Madrid, avec un Ion plus affirmatif, nous apprend, a que Philippe V indisposa les amis du duc d'Orléans par a l'arrestation du duc de Médina-Cœli, qui était partisan « de ce prince et qui voulait, ajoute-t-il, lui procurer le « trône, pour empêcher la réunion des couronnes de « France et d'Espagne sur la tête d'un seul *. » Dans ce cas on comprend peut-être le manque de renseignements suffisants, allégué par Saint-Simon à l'appui de son silence ou du moins de sa brièveté sur Taflaire de Médina-Cœli : le duc d'Orléans était encore en cause I

Mais par quels actes le nouveau ministre montra-t-il tout d'abord ses tendances et commença-t-il à éveiller des soupçons sur sa fidélité? On ne les trouve que dans une lettre inédite de Louis XIV en réponse à une dépêche d'Amelot : c'est là qu'on voit combien ce ministre était loin de vouloir être le Richelieu de l'Espagne et d'approu-

« Mém. de Saint- Philippe, t. H, p. 316 el sniv. — * Mém. de Saint- Simon, t. XVI, p. 78. — ^ La Beaumelle^ Mém. de madame de Uaintenon, ibld. — * Hist, de la cour de Madrid, p. 119.

412 Sti:S PROPOSITIONS, AU DÉBUT DE SON MINISTÈRE.

ver les formes gouvernementales de ce terrible adversaire des grands, exclusivement dominé qu'il était par les préjugés et par les vues de sa caste. Entrevoyant plus de liberté pour ses desseins secrets dans l'organisation d'un régime aristocratique, il proposa, dès son arrivée au pouvoir, l'établissement d*une junte suprême de gouvernement, d'une sorte d'assemblée de notables de l'Espagne, qui traiterait de tout et ne laisserait au roi que le soin de sanctionner ses décrets. L'aristocratie aurait composé cette junte souveraine, et ainsi le duc de Médina-Cœli aurait mis le roi à la discrétion des grands, la classe U plus suspecte en Espagne. Âmelot était encore à Madrid à cette époque : il fit rejeter ce projet, et Louis XIV semprcssa de lui écrire qu'il avait bien fait, « parce que, outre «c que Philippe V serait trop dépendant de ses sujets, ce se- « rait leur donner aussi les moyens de disjwser de son « État comme ils le jugeraient à propos ' . » Seulement, craignant qu'on ne se défiât trop tôt de 31édina-Cœli et qu'on ne perdit ainsi le bénéfice de son élévation, il ajouta qu'il ne croyait pas que ses propositions fussent contraires à son devoir, c'est-à-dire qu'elles provinssent en lui d'une mauvaise intention .

Âmelot n'était pas de cet avis ; il voyait là un motif sérieux de se tenir en garde contre ce seigneur. Malheureusement, à rinstigation peut-être des partisans du duc d'Orléans, qui s'y étaient essayés une première fois, cet ambassadeur fut rappelé en France, comme nous l'avons dit. M. de Blécourt, son successeur, marcha d'accord avec madame des Ursins; mais, conformément au système qu'on venait d'adopter, il avait moins d'autorité qu' Amelot, et il était nouveau. Le duc de Médina-Cœli eut donc parfaitement ses coudées franches, et, à la faveur de cette

« ManutcriU de la coHeciion Noiilles, t. XX Vf, 8 juUIel, 1709, inVÎ' lettre.

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