‹ La princesse des UrsinsChapitre 193 sur 278 · IL FAIT ÉCHOUER UNE EXI'ÉDITION · texte numérisé non relu

IL FAIT ÉCHOUER UNE EXI'ÉDITION

des troupes au duc d'Uzèda, naguère ambassadeur à Rome et auparavant \'ice-roi de Naples. C'était un seigneur toujours suspect, comme lui-même, et toujours ménagé : dans les Deux-Siciles, il passait pour avoir favorisé les Autrichiens ; dans le nord de l'Italie, il entretenait des relations intimes avec le comle de Thaun, gouverneur autrichien de Milan; et, dans le Portugal, la comtesse d'Oropéza, femme d'un noble réfugié espagnol, était sa sœur. Il n'eut rien de plus pressé que de révéler à celle-ci le secret de l'expédition confiée à ses soins, et aussitôt de Lisbonne, la nouvelle en fut expédiée Jusqu'à Barcelone, à travers les campements multipliés des Portugais ou des Autrichiens en Espagne. Révélation presque inutile, du reste; car la publicité trop grande des préparatifs, que ce seigneur faisait à Gènes, disait assez haut qu'il se (ramait quelque chose d'important contre l'un des pays, enlevés ù l'Espagne. Le marquis de Saint-Philippe, qui resta à Gênes, jusqu'à ce que tout fût prêt, fut instruit des indiscrétions du duc d'Ùzéda et en informa la cour de Madrid. Il apprit aussi à Philippe V que le duc de Médina-Cœli, en dehors de la correspondance officielle et préalablement communiquée au roi, écrivait à ce général des lettres particulières en chiffres ; le marquis de Saint-Philippe suspectait cette correspondance secrète, et les propos de certains commis des affaires étrangères semblaient prouver que les soupçons, élevés par lui sur ces dépèches clandestines, n'étaient que trop fondés. Mais la cour de Madrid se refusa à croire encore à la trahison du duc de Médina- Cœli, et le marquis de Saint-Philippe fut réduit à travailler à l'objet de sa mission en Sardaigne, avec la conviction décourageante que tout espoir de succès était maintenant perdu. Que résulta-t-il en effet de cet aveuglement de la cour? C'est que le duc d'Uzéda, d'accord avec Médina- Cœlî, avertit les ennemis eux-mêmes de tout ce qu'il

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ferait; qu'il se servit pour cela du marquis Ariberti, envoyé de l'archiduc auprès de la république de Gênes, et de Tambassadcur d'Angleterre, auxquels souvent, pendant la nuit, et à la faveur d'un déguisement, il donnait des rendez-vous secrets dans un jardin du faubourg Saint- Pierre-d'Arène. Ainsi prévenus, les ennemis envoyèrent aussitôt en Sardaigne un renfort de GOO hommes; le colonel Naboth, fameux chef de miquelets, y en amena 2J0 de Barcelone, et les Anglais, de leur côté, se tinrent prêts à mettre à la voile, afin de poursuivre la flotte espagnole et de faire manquer l'expédition. C'est alors, et alors seulement, que le duc d'Uzéda, nonobstant les plaintes du marquis de Saint-Philippe et de plusieurs officiers supérieurs, donna Tordre de départ pour la Sardaigne*. Est-il besoin de dire quelle fut Tissue d'une entreprise où ceux mêmes qui en étaient chargés avaient tout combiné pour un infaillible échec?

Il fallait qu'on se crût bien obligé de ménager le duc de Médina-Cœli, pour que madame des Ursins, qui d'ordinaire coupait court à toute machination perfide, dès les premiers symptômes de trahison, ne parlât pas de lui ôter sa place, quitte à avouer qu'en l'élevant elle s'était trompée. La raison en est qu'elle avait de nouveau à défendre la sienne. La cour était à Gorella, et l'on disait que madame des Ursins allait être renvoyée. On avait fini par comprendre, à la cour de Versailles, que, dans la situation critique où se trouvait Philippe Y, le ministère Médina-Cœli avait été, malgré tout, une nécessité, et pouvait être, au point de vue de l'union des grandesses avec le roi, une chose utile. Et il est si vrai que tels étaient en ce moment les sentiments du gouvernement français, que, même après la chute de ce seigneur, madame des

< Mém de Saint-Philippe, t. II, p. Md i S29.

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