ELLE EST MAINTENUE
« seiUez d'attendre en province ou en Languedoc que la fi paix me permette de passer en Italie. Cette idte est c( assez de mon goût. Mais où habiter? Dans un cabaret? « Dans une maison d'emprunt, ou dans une autre que je « louerais et qu'if me faudrait meubler, avec quoi? Eo « vérité, qui a l'expérience que j'ai n'est guère capable c< de s'exposer volontairement à de telles extrémités. c( D'ailleurs, qui ne croirait pas que je serais une autre fois « disgraciée. Ce que je dois à ma réputation ne me permet « pas de donner lieu à de pareils soupçons. Insensible, à (c peu près, à tous les revers de la fortune, je ne pourrais « supporter celui ci, et je retournerais à Rome avec un « poison dans le cœur, si je sortais de France sans être c( assez heureuse pour recevoir auparavant de la bouche « du roi quelque témoignage public de la satisfaction qu'il « a eue de ma conduite *. »
En servant à caractériser davantage l'âme forte de cette femme célèbre, une telle lettre montre assez combien sa position était menacée, et quel succès avaient eu ses ennemis obstinés, à la cour de Versailles. On s'attendait d'un jour à Tautre à la voir partir, et le duc de Mèdina-Cœli soupirait, non sans anxiété, après cet heureux moment, lorsque, dans les premiers jours d'avril, le bruit se répandit qu'elle avait reçu une lettre du maréchal de Villeroi et qu'elle y avait appris que Louis XIV, après avoir plus mûrement rétiéchi, la maintenait à son poste. Madame de Maintenon, ajoutait-on, était cause encore de ce revirement inattendu*. Jamais plus fort désappointement, dans la cabale du duc de Médina-Cœli, surtout quand arriva, bientôt après, la dépèche qui confirmait cette nouvelle vraiment myslitiante, et qui, en la rendant officielle, permettait de lui donner la plus fâcheuse publicité. C'était
* Lellre à Villeroi da iO mars 1710, p. iOO 1 104 — ^ LeUres da nnrédMl do Villeroi, p. 106, 6 avril 1710.