‹ La princesse des UrsinsChapitre 196 sur 278 · ELLE SE LOGE HORS DU PAUIS DE BUEN-RETIRO · texte numérisé non relu

ELLE SE LOGE HORS DU PAUIS DE BUEN-RETIRO

là une secondii journée, des dupes, que madame des Ursins attirait à ses ennemis.

Elle ne se prévalut pas toutefois d'une victoire qu'elle regardait plutôt comme un ajournement de disgrâce, et elle s'arrangea de manière que la cour de Versailles ne pût lui imputer aucune des mesures que nécessiterait la conduite d'un ministre moins considéré que redouté. Elle voyait que tôt ou tard on ne pourrait s*empècher de le frapper ; qu'il revenait à ses tendances anciennes ; qu'il ne s'arrêterait pas dans la mauvaise voie où il était rentré et qu'au fond du cœur peut-être il n'avait jamais quittée ; que l'aristocratie tout entière, qui avait voulu son élévation comme une marque de confiance, serait un peu atteinte par sa chute, et que, la honte de ses intrigues rejaillissant sur le corps des grands, ils chercheraient peutêtre à s'en laver par quelque acte solennel et irrévocable de fidélité. Mais elle était convaincue aussi que jamais on n'arriverait à ce résultat désirable, si l'on pouvait croire qu'elle se fût mêlée du procès; car alors certainement mille bruits, répandus à dessein, présenteraient ce ministre comme la nouvelle et regrettable victime d'une femme dominatrice, passionnée, jalouse peut-être; et les préventions qu'on avait contre elle ne serviraient que trop à accréditer ces inventions intéressées de l'esprit de caste ou de la complicité. Au contraire, en laissant à Philippe V la pleine responsabilité de ses actes, en émancipant en quelque sorte ce jeune roi, devenu par ses soins roi absolu, on sauverait tout, et elle se sauverait elle-même. Les grands n'élevaient aucun doute sur la droiture de -ce prince, et les effets possibles de la catastrophe prévue seraient placés ainsi sous la garantie d'une initiative qui ne permettait ni soupçon ni appel. Mue par ces considérations, madame des Ursins prit un parti extraordinaire : on la vit tout à coup quitter le palais de Buen-

420 TORCT TACHE DE GAGNER LES HOLUNDAlS.

Retiro et aller se loger avec tous ses gens dans une maison particulière V Était-ce une retraite ou une neutralité, à laquelle cette femme rusée et subtile se condamnait? Non, sans doute. C'était seulement un isolement perfide, qu'elle pourrait présenter comme une abstention, et d'où, sans paraître en rien, son regard encore dirigerait tout. Mais le duc de Médina-Cœli se prit à cet insidieux éloignement. Il crut Tennemi mort ou impuissant, parce qu'il ne se montrait plus sur les remparts de la place, et il se porta à une seconde trahison, dont la découverte, cette fois, édaira la cour de Versailles et le perdit sans retour. L'argent des Hollandais, ces riches banquiers des alliés, était le principal soutien de la coalition formée contre Louis XIY et Philippe V. De là les efforts constants de la diplomatie française pour les détacher de la Grande-Alliance. Des avantages commerciaux, dans les Indes occidentales, qui leur étaient fermées par la jalousie de TEspagne, étaient ce qui pouvait le mieux engager ce peuple marchand à une défection. M. de Torcy, au nom de Louis XIV, leur offrit une participation directe à ce précieux commerce des Indes, exclusion faite dés Anglais, leurs rivaux, quoique leurs alliés; et, pour les tenter plus vivement, il y joignit la cession de la Flandre espagnole, où se trouvaient les ports d'Ostende et d'Anvers. Tout le haut comnH^rce d'Amsterdam était séduit par des propositions qui agrandiraient le territoire de la république, augmenteraient son importance maritime en lui donnant une plus grande étendue de côtes, et pourraient faire des Pays-Bas le centre commercial des deux Indes *. M. de Torcy était Irès-conlenl, et il fondait sur celte paix particulièœ avec la Hollande l'espoir d'une paix générale, moins onéreuse pour l'Espagne et pour la France. On

« M^m. deSaint'PMlippe, t. W, p. 317, avril 1710. — • ibid., p. 319.

LE DUC DE HÉDINA-GŒU FAIT ÉCHOUER SA NÉGOaATlON. 421

pensait même que cette retraite des Hollandais permettrait de reprendre à TAnglelerre Port-Mahon et Gibraltar, pourvu toutefois que les Anglais n'eussent pas connaissance de la chose avant qu'elle fût signée.

Rien n'avait encore transpiré de cette négociation importante, et le gouvernement français, plein de confiance dans le succès, envoya demander au cabinet de Madrid son adhésion. On choisit pour cette mission SI. d1berville, que Ton chargea, parla même occasion, d'obtenir pour rélecteur de Bavière les villes 4e Luxembourg, Namur, Charleroi, Newport, qui lui avaient été promises par Philippe V, en récompense de son alliance et de son concours ^ M .• d'Iberville trouva ce roi assez disposé à se prêter aux offres, faites par son aïeul. « Le duc de Médina- « Cœli fut même autorisé, nous dit le marquis de Saintet Philippe, à agir aussitôt pour conclure cet accommode- « ment particulier*. » Il agit en effet, et voici dans quel sens. La moindre brèche faite à la monarchie espagnole révoltait sa fierté, et il désapprouvait, à cause de cela, le traité qu'on projetait avec les Hollandais; loin de vouloir rien cédera ces anciens et rebelles sujets de l'Espagne, il aurait désiré que la paix générale pût rétablir sur eux les droits, imprescriptibles à ses yeux, des successeurs de Charles-Quint et de Philippe II. La plupart des Espagnols partageaient ces prétentions; elles étaient entretenues chez eux par un sentiment de haute dignité, qui survivait à leur force réelle. Avec de telles idées, qu'avait à faire le duc de Médina-Cœli? Il n'avait qu'à se soustraire par sa démission à la tâche qui lui était confiée, et qui, parmi les ministres, n'incombait qu'à lui. En l'acceptant, ou il voulait la mal remplir, ou du moins il s'y exposait. Tout prouve qu'en se chargeant de la négociation, déjà

• Mém. de Noailles, l. IV, p. 107.— < Mém, de SahU-Philippe, t. II, p. 312.

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