‹ La princesse des UrsinsChapitre 197 sur 278 · S2 LETTRES DU DUC, INTERCEPTÉES EN FRANCE · texte numérisé non relu

S2 LETTRES DU DUC, INTERCEPTÉES EN FRANCE

entamée avec la Hollande, il avait l'intention de la faire échouer, et qu'il ne gardait le pouvoir que pour mieux substituer, dans cette affaire, sa volonté propre à celle de son souverain. D'abord celui à qui il délégua ses pouvoirs, le marquis de Banucini, ministre du grand -duc de Toscane à la Haye et son ami, était, malgré les garanties que semblaient offrir son titre et sa nationalité, un chaud partisan des Autrichiens ^ en second lieu, il ne lui cacha pas qu'il blâmait le traité séparé qu'on voulait condors avec les Hollandais * : c était lui dire quel était son désir et comment il devait se conduire lui-même. Ranucini, accrédité à la fois près la cour de Londres et près les Provinces-Unies, s'empressa de tout dévoiler au;c ministres de la reine d'Angleterre, ainsi qu'au cabinet de Vienne. « Les Anglais aussitôt se plaignirent de la Hollande. Us le « firent même si aigrement, dit le marquis de Saint-Phi- « lippe, et Temperenr appuya leurs plaintes avec tant de « vivacité, que les états généraux n'osèrent aller plus « avant et que l'affaire fut abandonnée '. »

Louis XIV pouvait attribuer la fâcheuse découverte de cette négociation secrète aux agents multipliés de Harlborough'; mais il fut indigné, quand, « par des lettres, qui « furent interceptées, allant de Madrid à la Haye, il apprit « que c'était l'effet de la trahison du duc deMédina-Cœli. U « en informa aussitôt son petit-fils, * » et l'arrestation de ce ministre fut immédiatement décidée^ vers le milieu du mois d'avril 1710.

Le roi d'Espagne, nous dit le chevalier du Bourk, dont la lettre inédite est plus circonstanciée que le récit du marquis de Saint-Philippe, le fit appeler à sept heures du soir, et eut un assez long entretien avec lui, pour le sonder, le juger et acquérir la conviction de son crime. Cela fait, le

* Mém. de Saint-Philippe, t. H, p. 515. — » /Wrf., p. 514. - » /*«.. p. 315. — •/W.

AltRESTàTION DU DUC DE MÉDlNà-GŒU. 423

duc, sans se douter de rien, descendit avec le marquis de Grimaldo, qui le fit passer par la cabachuela, ou la secrëtairerie du Despacho. Lk^ il trouva don Idiaque, comte de Salazar, major des gardes, et le sous-lieutenant Laulës, qui l'arrêtèrent au nom du roi. Il manifesta quelque surprise ; mais on ne lui donna pas le temps de discourir. (In carrosse du roi était tout prêt, accompagné de cinquante cavaliers. Laulès, conducteur ordinaire de tous les criminels d'État espagnols depuis le commencement du règne, Ty fit monter et le conduisit au château de Ségovie; on se saisit de ses papiei^ et l'on arrêta ses secrétaires, entre autres don Félix de la Rous, secrétaire des Indes et sortant de la secrétairerie de son ami, le duc d'Uzëda ^

Le duc de Médina-Cœli était donc emprisonné : la prin^ cesse des Ursins pouvait maintenant sortir de sa cachette, et, continuant le même jeu, s'employer de son mieux pour qu'on traitât l'infidèle seigneur le moins mal possible ■.

Il est un point qu'il ne faut pas laisser passer inaperçu, c'est que le duc de Mëdina-Cœli fut arrêté sur la dénonciation du gouvernement français. C'était une chose importante et qu'il fallait dérober à la connaissance de la nation espagnole. Dans quelle circonstance en efTet avait eu lieu l'élévation de ce grand seigneur? A la suite d une réaction antifrançaise, et comme pour en être le couronnement. Qu'on juge, d'après cela, ce qu'on aurait pensé, ce qu'on aurait pu faire, si l'on avait su que le premier coup contre ce ministre était parti de la France I Ne pouvant s'en prendre à madame des Ursins, qui s'était astucieusement tenue à l'écart, on n'aurait pas manqué de publier, et c'eût été d'une conséquence bien plus grave,

< Dépôt (le la guerre» 1710, 1. 1, h* 2^5, 21 avril. Clier. du Bourk i Voysin, et LIX* lettre de 1711. 1. 1, n*2328. Mém. de Smm-PWippe, t. II, p. 316. - * Ultret i Villeroî, p. 111 à 114.

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