‹ La princesse des UrsinsChapitre 198 sur 278 · U DÉNONCIATION DU GOUVEBNEHENT FRANÇAIS · texte numérisé non relu

U DÉNONCIATION DU GOUVEBNEHENT FRANÇAIS

qu'une telle dénonciation était une calomnie \indicalivc el haineuse de la France ; qu'on n'aurait pas dû y ajouter foi, et qu'en disgraciant ce ministre on avait injustement et par faiblesse obéi à une pression française. Qui sait même si 1 on se fût borné à de simples murmures, et si les grands, exploitant cette manifestation nouvelle des sentiments publics, n'auraient pas provoqué quelque soulèvement sérieux contre les Français? l)e là la nécessité de prévenir tout soupçon de leur part. C'est ce que fit Louis XIV lui-même par une lettre qui pouvait se montrer, et où, feignant d'ignorer le crime réel du duc de Médina-Cœli, il se contentait adroitement de le conjecturer, en parlant « des correspondances criminelles, que, j^ « suppose^ disait-il à son \)etit-fils, le duc de Médina-Cœli a entretenait contre votre service ^ » C'était bien prouver qu'il voulait cacher aux grands d'Espagne qu'on avait su à Versailles les infidélités de ce seigneur avant tout le monde. I/)uis XIV suivait la même tactique, quand, dans la même lettre, il conseillait à Philippe V de faire connaître à ses sujets ces correspondances criminelles.

On ne pouvait pas mieux couvrir la main vigilante des premiers dénonciateurs. Beaucoup de personnes, même à la cour, s'y trompèrent. Mais croit-on que ces correspondances furent Hfnontrées, comme semblait le'désirej* Louis XIV? Il n'en fut rien. Le secret le plus absolu présida à la procédure, et on l'imposa aux juges, parce qu'on était obligé, pour prouver l'authenticité de ces lettres, de leur dire le mystère et le lieu de cette précieuse capture. Nous trouvons dans le marquis de Saint -Philippe que (( le roi d'hspagne fit remettre à une junte ou commission <i de cinq conseillers de Castille, nommés pour instruire <( le procès du duc de Médina-Cœli, les mémoires et les

* Lettre de Louis XIV au roi d'Espagne, 5 mai 1710, dans les Mém. de yomlUi, p. 115.

CàGHBE K LA NATION ESPAGNOLE. A^2ô

<K lettres qui prouvaient son infidélité, et que Ton n'alla pas * « plus loin; il n'y eut pas de jugement rendu. On exigea (c d'eux un profond silence là-dessus ; ce qui fit que cha- « Gun, ignorant le crime du duc, raisonnait à sa fantaisie <c sur les causes de sa détention. On en parlait diversement tt dans toutes les cours, où la disgrâce d'un homme si « considérable en Espagne, et qui était presque premier « ministre, fit beaucoup de bruit. Mais peu de gens « savaient la vérité, » ajoute- t-il, montrant par ces dernières paroles que certains la connaissaient, qu'il était de ce nombre, parce qu'il avait dû être entendu dans cette cause célèbre, et maintenant ainsi toutes ses assertions ^ Nous croyons aussi que la crainte d'avoir peut-être à mentionner trop souvent le nom du duc d'Orléans, trèslié avec le duc de Médina-Cœli, fut pour beaucoup dans le secret et dans la décision rapide de celte affaire.

liCS membres du Despacho et les autres ministres avaient été consternés de l'arrestation de leur puissant collègue; mais, voyant qu'on ne publiait pas de crime précis, ils reprirent peu à peu un air assuré, et ils haussoient même les épaules devant le public*. On les laissa dire, on les laissa faire, et Ton ne sortit pas du mystère quon s'était imposé. Étrange justice, s'écriera-t-on, que celle de l'Espagne à cette époque I Car, avec le. marquis de Léganez, le duc de xMédina-Cœli était le second grand d'Espagne, destiné à une captivité indéfinie, sans que l'on eût terminé son procès. Mais sait-on comment le marquis de Saint-Philippe, ce juge ordinairement sévère des actes du gouvernement contre les grands, apprécie ces faits exti'alégaux ? « La politique et la clémence^ dit-il, Texia geaient ainsi du roi, qui, si Ton fût arrivé à une con- « damnation en forme, aurait confisqué leurs biens; au

■ Mém. de Stùnt-Philippe , t. II, p. 3IG. — * CIict. du Dourk. LcUro t-ilée du 21 avril 1710 Dépôt de la guerre.

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