‹ La princesse des UrsinsChapitre 20 sur 278 · DÉPART DE MARIE-LOUISE DE SAVOIE · texte numérisé non relu

DÉPART DE MARIE-LOUISE DE SAVOIE

<x vaux^ Allant à Madrid, je crois devoir y paraître

<x avec quelque magnificence pour faire plus d* honneur à (c mon emploi, qui sans doute ne m'assujettit point aux

(c lois de ce pays contre le luxe Ne craignez pas pour-

a tant que je demande aucune chose au roi. Je suis gueuse j « il est vrai ; mais je suis encore plus fière, et rien ne le « prouve tant que Topinion que Ton a de mes grandes ri- « chesses. Dans cette occasion, je me ferai un point d'hon- « neur de ne rien demander, et cependant je ferai une (( dépense proportionnée à Téclat de ma charge, et qui a puisse faire admirer aux Espagnols la grandeur du

« roi*. »

Après avoir monté sa maison sur un pied aussi considérable, elle partit de Rome au mois de septembre, et se trouva bientôt à Gènes. Ce premier pas hors de Rome, qui en était un aussi, cette fois, dans la vie nouvelle où elle allait entrer, lui découvrit tout à coup les vicissitudes et les revers qui pouvaient l'y assaillir. L'ardeur de ses désirs et les illusions d'un changement, non consommé encore, lui en avaient jusque-là voilé ou adouci le tableau. Mais alors, se trouvant, non plus à la veille, mais au lendemain d'un grand dessein accompli, elle plongea un regard plus calme dans l'avenir, et elle éprouva un sentiment de tristesse. Elle pensa aussi sans doute à ce que la cour de France et celle d'Espagne exigeraient d'elle, pour la rejeter ensuite peut-être, après s'en être servi. Elle céda au besoin d'écrire à Torcy : elle garda, dans ses paroles, le ton enjoué d'une femme courageuse, et qui, à l'aspect seul du fardeau, ne veut point paraître faiblir; sa lettre néanmoins était inspirée certainement par une vague et subite inquiétude. « Je crois bien, lui dit-elle,

• Recueil de M. Geffroy, Ict. XXVII', et XXVni% 21 et 28 juin 1701, cl du 25 juin. Mém. de NoaUles, t. U, p. 102, 163. — • Ibtd., t. II. p. 163.

« qnil lie nCarriveia pas moins iV aventures quà don Qui-

« chotte, dans l'entreprise que vous me donnez Mais

« tout cela ne m*épouvante pas, pourvu que Sa Majesté « Catholique ait confiance en moi^ »

S*étant ainsi épanchée, et par là même raffermie, la princesse des Ursins se dirigea vers Villefranche, petit port piémontais, qui était désigné pour le lieu de rembarquement. Elle désirait ne se présenter à la reine sa maîtresse qu'au moment où celle-ci serait prête à entrer dans sa galère et à faire voile vers l'Espagne. Par ce moyen, clic devait échapper à la nécessité de mettre en noir tous ses équipages. Car, avait-elle écrit déjà à la maréchale de Noailles, avec une prévoyance remarquable, la cour de Turin était alors en deuil, et on l'aurait obligée de se conformer à la coutume française, suivie par les ducs de Savoie : au contraire, en s'arrêtant à Villefranche et prenant la reine à son embarquement, elle n'aurait qu'à observer les règles de TEspagne, qui ne permettaient le deuil qu'au maître et à la maîtresse d'une maison*.

Autorisée à faire là-dessus selon ses désirs, elle attendit donc la jeune princesse de Savoie à Villefranche, et avec d'autant plus de contentement, qu'à Turin elle eût été exposée à mille ennuis. Là se trouvait la princesse de Carignan : cette grande dan\.e avait pris soin de Marie-Louise de Savoie, sa nièce, et, comme beaucoup d'autres dames piémontaises. elle avait eu l'envie de la suivre jusqu'en Espagne, et peut-êtie d'y rester. Louville écrivait à M. de Torcy, au mois d'octobre 1701, qu'il y avait bien des petits projets, formés, de Turin , pour gouverner la reine*. Longtemps même on crut qu'ils pourraient se réaliser, parce que le bruit courait que la princesse de Carignan

* Mém. de Noailles, t. II, p. 163. — * Rec. de M. GefTroy, let. XXVHI'. 28 juin 1701 ; Mém. de Noailles, t. II, p. 163. — ^Mëm. de Ijouville, t. I, et ceux de Noailles, t. Il, p. 164-105.

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