SO DÉPART LE MADAME DES URSINS
accompagnerait en effet la jeune reine à Madrid. Madame des Ursins Taimonça à la maréchale de Noailles, le 28 juin 1 701 . Elle en était inquiète, tourmentée, et elle n'entendait pas donner en cela une nouvelle indiflercntc , au sujet de laquelle cette puissante dame ne comprendrait point son anxiété et son désir. C'était bien assez, comme disait encore Louville, d'avoir à se démêler avec les furies de Madrid^. Louis XIV avait prévenu cette source d embarras : il avait envoyé Tordre de congédier toutes les dames piémontaises à la frontière, aussitôt que la reine rencontrerait sa maison espagnole '. Ces dames le savaient ; mats leur mécontentement n'en était que plus grand, et il était bien à craindre que madame des Ursins, si elle se rendait à Turin mémo, pour se présenter a la jeune reine, n'eût à essuyer quelque avanie de leur part. Qui sait même si, à cette cour, avant que le départ de Marie-Louise eût ôté tout espoir, sa position ne serait pas menacée? C'était là un motif de plus, et le principal, pour s'arrêter à Villefranche, pour ne voir la reine qu'au moment de s'embarquer avec elle et d'entrer immédiatement et irrévocablement dans l'exercice de son emploi .
Marie-Louise de Savoie y arriva au mois d'octobre 1701. Nous pouvons en donner un portrait d'après nature, commandé par madame de Maintenon au duc de Gramont, qui la vit, une fois rendue en Espagne. « Elle m était presque aussi grande que la duchesse de Bour- <c gogne, sa sœur aînée. Elle en avait la taille fine et les (c manières gracieuses ; son air était tout à fait noble et « majestueux; ses yeux, médiocrement grands et peu <i vifs; son teint, pâle, mais beau; sa bouche, petite; ses « dents, assez blanches, mais mal rangées. On ne pou-
* Mém, de fuminUe, 1. 1. -- * Mém. de KoaUlei, t. II, p. 164-K5.
ET DE MARIK'LOCISE POUR L'ESPÂUNK. gl
« vait pas dire que c'était une beauté; maison pouvait « assurer que sa ligure plairait toujours à tout homme de « bon goût. » Quant à son esprit, disait le duc de Grainont à madame de Nainlenon, a tout ce qui a pu vous <i revenir à ce sujet est de beaucoup au-dessous de ce que -« je viens de voir et d*cntendre. La reine d'Espagne est ce « qui s'appelle, dans le plus exquis, une personne fort ex- « traordinaire, et vous pouvez tabler sur ce portrait ^ » Madame des Ursins en fut frappée elle-même, en la voyant, pour la première fois , à Villefranche , et elle écrivit à Torey, avant de quitter ce petit port, que la jeune princesse saurait faire la reine en merveille. Elle lui dessina, par la ménfle occasion, le caractère d'un homme qui ne lui plaisait pas beaucoup, du père Robio, confesseur de Marie-Louise, « plein d'esprit, dit-elle, mais très-jé- « suite*, » employant, la première peut-être, celle dénomination d'ordre religieux comme une qualification de caractère.
Elle venait de faire partir cette lettre, lorsqu'on leva l'ancre, pour se diriger vers Nice, où l'on dit un dernier adieu au Piémont et à la patrie italienne; puis on mit le pied sur la terre de France, pour faire une halte à Toulon, à Marseille, à Montpellier, et envoyer de 4à, en remerciment des fêles splendides données par les autorités locales, un salut d'hommages au majestueux aïeul de Versailles. Madame des Ursins était assise dans la litière royale, à cdté de la reine, et partout elle eut sa part des honneurs qui furent rendus à cette princesse, dans ces diverses cités de France ou d'Italie. Enfin Ion arriva à la frontière d'Espagne, et là les dames piémon- (aises, au grand regret de Marie-Louise comme au leur, durent s'arrêter et reprendre la roule de Turin. Les dames
« Dépôl de la guerre, n* 1786, I.XI' Icllrc. — • M^m. de NoaiUes, t. lî, p. 16i.
82 DÉPART DE LA PRIMGtSSË DES IJRSIKS
espagnoles, désignées par Philippe Y, les remplacèrent. La jeune reine y perdait beaucoup comme aménité de caractère, et madame des Ursins n'y gagnait rien comme bienveillance d'intentions ; mais la jalousie des dames espagnoles TeiTrayait moins.
Le mariage par procuration avait été fait à Turin. Le mariage défmitif devait s'accomplir à Figuières, au seuil même de TEspagne, afin que Marie-Louise n'entrât dans le pays, où elle devait régner, qu'avec les titres irrévocables d'épouse et de reine. Là devait se rendre, au jour marqué, le roi Philippe V. Il ne s'y fit pas attendre, et même, impatient de voir celle qui, par procureur, lui avait déjà donné sa main, et dont on lui avait vanté les charmes, il dépassa le lieu, désigné pour la réception officielle, et aUa, déguisé, sans pompe et sans bruit, à sa rencontre. Il était suivi d'un très-petit nombre de cavaliers, et, dès qu'il apecçut l'équipage de la reine près du village d'Hostalnovo, il se détaclia de sa troupe, et piqua comfne un courrier vers la litière royale. Voulant garder l'incognito, il se présenta comme un messager du roi, envoyé pour savoir des nouvelles de la reine, et il s'adressa en espagnol à la princesse des Ursins, pour avoir les informations qu'il so disait chargé de prendre. La reine se douta tout de suite que ce messager était le roi lui même. C'est elle qui voulut lui répondre, et la conversation s'engagea ainsi, sur sa santé, sur celle de Philippe V, sur son voyage, et elle dura à peii près un quart d'heure. Pendant quelque temps, la reine feignit de ne pas le reconnaître; mais, à la fin, l'émotion l'emportant, elle perça le voile de l'incognito où le roi s'enveloppait, et voulut sortir de sa litière. Le roi, sans se révéler davantage, l'arrêta avec sa main. Mais elle, alors, saisit aussitôt celle royale main, qu'une attention, devinée par son cœur, lui rendait si chère; «elle « la prit dans les deux siennes, la baisa et la tint quelques