AOUT
posé du duc de Véraguas, du marquis de Bedmar, du comte de Frigiliana et de don François Ronquillo. « Cette assistance toutefois était vaine, dit le marquis de Saint- « Philippe ; car, la reine ne pouvant se décider elle-même a et le roi étant fort éloigné, le conseil se réduisait à la a princesse des Ui*sins, à laquelle personne n osait s'op- « poser, à moins de vouloir se perdre ^ » Sans s'inquiéter de cela, le roi s était remis à la tète de Tarmée francoespagnole en Aragon. Le marquis de Bay , qu'il avait fait venir de TEstramadure, commandait en chef à la place du maréchal de Besons, rentré depuis longtemps déjà en France, et Villaroêl avait sous ses ordres le quartier général, établi sur les bords de TÈbre, à Pina. A l'armée, comme au Despacho, comme au ministère, les Français ne dominaient plus. La Espana farà da sè^ telle était la devise qu'on voulait suivre. La situation des troupes belligérantes était à peu près analogue à celle où elles s'étaient trouvées, Tannée précédente, à Balaguer. Le marquis de Bay était sur la rive gauche de l'Ébre, et Stahremberg, renforcé des soldats qu'avait amenés l'archiduc, était sur la rive droite et chtrchait à passer de l'autre côté, pour avoir un terrain plus accidenté et moins convenable aux manœuvres de la cavalerie espagnole, qu'il redoutait pardessus tout. « Envoyez-nous un second Amelot, qui puisse « avoir de l'argent, écrivait depuis longtemps et alors surit tout le chevalier du Bourk à Voysin, et un général et comme Berwick. Malgré tous les efforts de la princesse « des Ursins, les choses vont mal à Madrid, où, depuis « qu'on a voulu laisser tout faire par les Espagnols, on a ne parle que de consultes, de tribunaux, de capitaines « généraux à rétablir, et, par suite, elles iront mal à l'ar- « mée. Et si, avec tout cela, le roi d'Espagne se tire
* Mém. de Saint-Philippe, p. 330, 331.
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« d^afTaire dans sa campagne, c^est que, ajoutail-il avec ce « ton philosophiquement railleur qui le caractérisait, U c( faudra Vatlribuer aux soins particuliers que le Tout- « Puissant veut bien prendre des têtes couronnées , en a dépit des causes secondes ^ »
Il devinait juste, ce colonel irlandais, dont 1* uniforme cachait un penseur profond. Il fallait à tout prix empêcher les ennemis de passer TEbre. La négligence volontaire de Villaroêl leur en livra le passage à Pina, le 19 août 1710. Le marquis de Bay lui-même, trompé ou indifférent, n'avait pas pris des précautions sufBsantes contre cette éventualité. Alors qu'arriva-t-il? Interrogeons à cet eflet ce Castillan, ami de ViUaroél et dont Filtz-Moritz nous a conservé les curieux Mémoires, il nous le dira; personne ne rapporte plus volontiers, comme des titres de gloire, les clioses qui font le pins frémir la fidélité. « Six mois auparavant, dit-il (par cona séquent à Tépoque de la conspiration du duc de « Médina-Cœli), nous avions formé le projet d'abandontt ner Philippe V. Nous Texécutâmes en ce moment. <x La campagne du roi avait été mai conduite. Il fut en a danger d'être pris , et Stahremberg nous battit aux a portes de Saragosse *. » Quel aveu 1 Aussi le marquis de Saint-Philippe, après avoir raconté cette néfaste journée, : c( Honte aux vaincus, s'écrie-t-il, moins pour la cir- « constance de leur défaite que pour n'avoir pas com- 'i battu ' ! » *Et il achève de nous dérouler toute la trame des desseins perfides des grands, en nous apprenant que Stahremberg, marcliant sur Madrid, après ce facile succès, pensait que le duc de Mëdina-Cceli sortirait de sa
• D6pAt de la guerre, 1709, t. H, GGUI* leUrc, GLXXVIII- lettre, Cm* lettre, LXl* lettre et XLVI* lettre, 1710. t. I. — « Mém. sur l'EffMgne, dans Filiz-Moritz, p. 236, et lifrc VHI, p. U\, 242. — ' Mém de Samt-Pmippr, t. n, p. 352.
PERIIETÉ DE MADAME DES UaSIKS. 4^1
prison, qu'il ferait soulever une partie des deux Castilles, où était toujours la principale force de Philippe V, et que le reste du pays se soumettrait facilement aux vainqueurs^ On avait certainement beaucoup à craindre après utie victoire qui avait été complète. La cour de Versailles croyait tout perdu, et elle envoya aussitôt le duc de Noailles pour dire à Philippe V et à la reine, son épouse, qu*il fallait à tout prix, et bien qu'ils s'y fussent constamment et énergiquement opposés, échanger le trône d'Espagne et les Indes contre un autre lot de la succession de Charles II ; qu'il n'y avait pas de paix possible sans cela, et qu'ils devaient accepter les décrets du sort, puisque aucune puissance humaine n'était jusqu'ici capable de les changer, a Tâchez pour cela , dit M. de Torcy au duc ic de Noailles, de gagner la princesse des Ursins... Elle « est véritablement attachée aux intérêts du roi et de la c( reine d^Espagne, et il y a lieu de croire qu'elle ne l'est « pas moins à ceux du roi notre maître, s'ils se rencon- (c trent également à faire prendre un parti au roi cathoa lique, pendant qu'il en est encore temps... Pressez-la, « pour cette raison, de se servir du crédit qu'elle a sur ^« l'esprit de ce prince et sur celui de la reine, pour sec( couder vos avis... Après les considérations, tirées de ff leur intérêt etde la nécessité, employez les motifs que a vous croirez les plus capables de la persuader, après « avoir cherché à la convaincre. Quoique les intérêts du « roi et de la reine d^Espagne soient les seuls dont elle « puisse être touchéey elle ne serait peut-être pas insen- « sible aux siens, s'ils s'accordaient avec ceux de ces <c princes. Je ne puis rien préciser ici ; mais je vous laisse « libre de lui promettre ce que vous croirez lui être le « plus sensible, pourvu que les bienfaits qii'elle pourrait
* Mém. de Saint-Philippe, t. 11, p. 356.