TRISTESSE DE STA^HOPE ET DE L'ARCHIDUC A MADRID
auquel l'ennemi aurait pu donner une interprétation, contraire à leurs sentiments.
Cependant Tarchiduc résolut de faire son entrée publique dans cette capitale, maintenant sombre et muette. Il visita d'abord la chapelle de Noti'e-Dame d'Atocha, d*où il se mit en marche par la rue qui porte ce nom, précédé de deux mille chevaux et suivi de ses gardes et de sa maison. Hélas I il fut témoin du même spectacle que le comte de Stanhope avait eu déjà sous les yeux, avec cette différence que Tun y avaH assisté avec Timpressibn d*un ami qui assiste à une sentence, et Tautre avec la douleur d un homme qui la subit. La curiosité elle-même ne put attirer personne sur son passage. La solitude et une tristesse lugubre régnaient sur toutes les places publiques. On entendait seulement la voix de quelques enfants, qui, excités par l'appât de quelques maravédis qu'on leur jetait, poussaient le cri de : Vive le roi Charles ! auquel ils mêlaient parfois celui de : Vive Philippe ! Il n'y avait pas à se réjouir d'une telle réception. Aussi, arrivé à la porte Guadalaxara, Tarchiduc ne fut pas tenté de continuer sa marche vers le palais royal, comme c était Tusage, et, prenant à droite, il sortit par la porte d'Alcala, en proférant ces mots :'« C'est une ville déserte M »
Les moyens d*intimidation, auxquels il recourut dans son mécontentement, ne produisirent pas plus d'effet que son entrée et que l'appareil militaire qui l'entourait. Une distribution de places fut une mesure plus habile et plus fructueuse ; car les longs troubles civils développent toujours dans les âmes, par la lassitude de la privation, des germes de corruption et de vénalité. Mais ce sont des consciences vénales, et par conséquent changeantes, qui viennent tendre la main devant la puissance et la force.
• M!ém. de Saint-Philippe, t. 11. p. 385.