I>ETTRE DES GRANDS À LOUIS XIV
« paix et où l'Angleterre consentait à former pour Pfai- « lippe V un royaume en Ilalie. Ce projet fut approuvé o de tous les grands, excepté du duc d*Ossone, seigneur « fidèle, mais à qui il paraissait honteux qu'on recourût ic aux Français, après avoir été, disait-il, abandonné une « fois par eux; il pensait que Ton pouri*ait trouver dans la « nation de quoi réparer le mal, si l'on employait pour cela a les moyens nécessaires et si tout le monde agissait de « bonne foi. Cette délicatesse parut déplacée et personne ic ne lit attention à son avis. Le comte de Frigiliana avait n une plume élégante et s'exprimait heureusement ; ce « fut lui aussitôt que Ton choisit pour rédiger la lettre « qu'on voulait écrire au grand roi. Elle était conçue dans « les termes les plus expressifs, et, loin d'abaisser la naa tion espagnole, elle exaltait sa fidélité et sa puissance ; a mais le mal était tel et si pressant qu*07i ne pouvait (I réellement se )ia$ser des secours de la France, afin de ne « pas faire tout dépendre des circonstances et du temps. « La lettre fut signée des ducs de Tlnfantado, de Popoli, a d'Atri , de Médina-Sidonia , de Montellano , d'Arcos , « d'Abrantès, de Bagnos, de Véraguas, d'Atrisco, de Soria, « de Jovénazo et de Béjar ; des marquis de Priégo, d'Asa torga, d'Aytoné, de Badmar, de Villafranca, de Montaa légré, d'Almonacid et del Carpio; du comte de Lémos, « rentré en grâce, des comtes de Pégnaranda, de Béna- « venté, de San-Estévan, del Puerto, d'Ognaté, de Frigi- « liana, de Bagnos et du connétable de Gastille. Elle a aurait été signée aussi du marquis de Camarasa, si la a maladie ne l'en eût empêché. Les grands que nous « venons de nommer écrivirent en même temps une « lettre au duc d'Albe, ambassadeur d'Espagne en France, « qu'ils prièrent de présenter celle-ci à Louis XIV et de a faire les plus grands efforts pour en obtenir du secours, « tandis que, sans perdre de temps, on formerait une
us LE MARËCIIAL VENBOHE, DEMANDÉ PAR PHILIPPE V.
« bonne armée en Espagne * . » Quelle sincérilé de dévo\iement respire dans ces paroles, et comme on admire ce tardif, mais touchant exemple de patriotisme et de fidélité!
Rien de plus fâcheux pour un gouvernement nouveau, poup une dynastie qui se fonde, que la résistance tacite ou déclarée des classes aristocratiques. Louis XIV ne Tignorait pas : il l'avait vu par lui-même dans sa jeunesse. Il savait aussi que les longs embarras de ses prédécesseurs, et spécialement de ceux de sa dynastie, avaient tenu surtout à cetle cause, et que, si son règne, depuis qu'il dirigeait seul les rênes de l'État, ressemblait à un fleuve majestueux dont rien ne troublait le cours, c'était à la soumission des grands qu'il devait cet avantage. Si, de sa personne et de la France, il portait ses regards sur l'Espagne et sur son petit-fils, il y trouvait, à l'appui de celte vérité, des témoignages non moins certains et plus récents. Qu'on juge donc de sa joie quand il reçut la lellre des grands d'Espagne. Il la lut plusieurs fois, nous dit le marquis de Saint-Philippe, et, le Dauphin le suj^liant aussi de faire un dernier effort en faveur de Philippe V, il consentit à envoyer, sous le commandement du duc de Noailles, 14,01)0 hommes, destinés à seconder en Calalogne, par une entreprise sur Girone, les opérations et le zèle de> grands dans la Castille *. Une autre lettre, émanée de Philippe V et ayant pour objet de demander le maréchal de Vendôme, pour le mettre à la tôle des troupes, levées par les grands, ne fut pas moins bien accueillie.
ftlais il paraît que la destination de ce général pour l'Espagne était arrêtée avant la démarche des grands et avant cette demande de Philippe V. On ne comprendrait pas, sans cela, une lettre inédile de madame des Ursins,
* Mém. de Saitit-PhWppe, t. H, p. 367, 368, 369, 370. — « »#«/., p. 370.