VALEUR DES GRANDS A VILUYICIOSA
« pas moins gagné les cœurs des provéditeurs et de tous « les peuples par où il a passé que ceux de V armée, autant « on se plaint de la rudesse de M. de Pracontal, qui n a c( pas suivi cet exemple. Les provéditeurs font la coince paraison de Thoupèteté de M. d^ Vendôme, avec laquelle <c il leur écrivait ou répondait à leurs lettres, et de la ru- « desse de ce dernier*. »
Accordé à Philippe Y, ou promis déjà à madame des Ursins, Vendôme partit avec le duc de Noailles, et, après s'être assurés, tous les deux, à Valladolid, conformément aux instructions qu'ils avaient reçues de Louis XIV, « que « cette lettre,* signée de trente grands, nétait pas un c( simple compliment, mais une réalité ; après avoir exac( miné aussi s'il y avait en Espagne des ressources cac< pables d'empêcher que le secours qu*on allait envoyer « ne devint inutile', » ils se séparèrent pour aller, Fun, assiéger Girone, qui ne tarda pas à être piîse, l'autre, attaquer les impériaux de Stahremberg, qu'il rencontra, le 10 décembre 1710, près de Villaviciosa. On ne peut se faire une idée de l'enthousiasme et de Tardeur que firent éclater les grands, en se voyant commandés, devant Villaviciosa, par un général, aussi distingué et aussi populaire que l'était Vendôme en Espagne. Leur désir de se signaler et de réparer dignement tout un passé d'indifiëi^nce, de mutinerie ou de trahisons, était si fort, que, les nouveaux régiments, composés de recrues, ayant plié ou même fui devant les alliés, tous les ofliciers, c'est-à-dire la fleur de la noblesse espagnole, se présentèrent, à l'envi les uns des autres, pour servir de soldats, formèrent la dernière ligne contre le centre, et se battirent comme des lions'. Ce sont les grands, aussi bien que le peuple, les
* Letlre inédite de madame des Ursins, dans le manuscrit des Campagne* de Vendôme, Bibliothèque imp6r., S. F. 3752, p. 4D. — ' Mém, de Sabih Philippe, t. II, p. 371 . — 5 IlHd., p. 457.
MADâÎiE des URSINS MAINTENOE a son poste. 445
grands, enfin ralliés à Philippe V, qui vainquirent à Villaviciosa, et c^st l'indomptable valeur, qu'ils puisaient dans un soudain réveil de fidélité qui explique ces milliers d'étendards pris à l'ennemi, et ce brillant lit de drapeaux dont Vendôme interprète de leurs sentiments, voulut houQrer un prince qui, sans eux^ après même dix ans de combats, pouvait toujours craindre pour son trône, et qui par eux, en un jour, était devenu le palladium inexpugnable de la suprématie castillane et de Tunité des Espagnes!
C'en était donc fait : là fusion s'était opérée entre le parti de Philippe V et l'aristocratie, et les alliés n'avaient plus de point d'appui en Espagne. Ils étaient tombés dans le même isolement où les Anglais s'étaient trouvés en France sous. Charles VII, i|uand ils avaient perdu le concours des Bourguignon^, qui représentaient aussi les hauts seigneurs, le parti féodal. Toutes les chances, non pas seulement de se soutenir, mais de remporter sur eux, étaient dès lors passées à Charles VII, et la mort de Théroîne populaire ne pouvait lui enlever ce que lui promettait une nation tout entière, réunie autour de son drapeau. Il en devait être ainsi en Espagne, après le grand acte de rapprochement qu'avaient signé les seigneurs à Valladolid, après surtout qu'ils avaient scellé de leur sang, dans les plaines de Villaviciosa, cette promesse de fidélité. Mais, après cela aussi, il semblait que le rôle de madame des Ursins n'eût plus la même raison d'être. Placée à côté d'une royauté jeune et nouvelle, pour la sauver, au milieu des divers dangers qui Tentouraient, on pouvait la regarder comme ayant fini sa tâche. L'un de ces dangers, le plus considérable, le plus difficile à conjurer, l'opposition intérieure, n'était-il pas disparu, et l'autre, l'opposition étrangère, ne se trouvait-il point, par là, singulièrement diminué? Mais Louis XIV la jugea peut-être encore néces-
4iG ELLE EST DÉCURÉE ALTESSE. *
saire, pour maintenir, par la terreur et les cent yeux de sa politique, Tœuvre qui venait d'être consommée. Elle en avait préparé Taccomplissement, en dévoilant ou déjouant les complots des grands, en les lassant par les prompts effets de sa vigilance ; on voulut lui donner la satisfaction de jouir de son triomphe; du moins est-il certain<quon fit cette réponse au roi et à la reine d* Espagne, qui^ en reconnaissance de ses services et de son dévouement, témoignaient le désir de la garder. Madame des Ursins resta donc à son poste, et sa puissance s'accrul en proportion de la confiance, plus grande encore, qu'elle inspirait à ses maitres.
Elle avait fait accorder par Philippe V au duc de Vendôme, à ce fils valeureux de Louis XIV et de madame de Montespan, le titre, assurément bien mérité, d'altesse: elle le reçut elle-même, et, pour que les grands ne pussent pas se refuser à le lui donner, il la reconnut par anticipation, et en attendant la ratification des jpuissances, souveraine d'une principauté dans les Pays-Bas. Plusieurs courtisans firent pourtant des difficultés pour souscrire à cette innovation. Mais une lettre du chevalier du Bourk nous apprend que le duc d'Ossone, voulant sans doute répondre au bon procédé de madame des Ursins à son égard lors de l'emprisonnement du duc de Médina-Coeli, discuta avec eux sur ce sujet. Il leur dit que, refuser cette qualification à la princesse des Ui*sin^, ce serait douter du pouvoir du roi catholique, ou bien vouloir faire gratuitement un afTront à une dame, et que, du moment où elle avait été proclamée souveraine par le roi leur maître, l'étiquette espagnole ne s'opposait plus h ce qu*on lui donnât les prérogatives honorifiques attachées à la souveraineté. N'avaient-ils pas eux-mêmes, leur dit-il, faisant allusion au maréchal de Vendôme, appelé de ce nom, dés 1702, des hommes qui n'avaient pas été déclarés sou-