ELLE RENOUVELLE LE MIMSTÈUE
verains par Philippe V, pas plus que par Ijb roi de France? Sans doute, elle n'était pas dans sa principauté, elle ne la gouvernait pas encore; mais combien de Tois n'accordaient-ils pas le titre d'Excellence à des particuliers que le roi avait nommés à des ambassades, et qui n y allaient jamais? Le duc d*Ossone, on le voit, se conduisait envers madame des Ursins en galant chevalier. Les seigneurs récalcitrants se rendirent à ces observations. Les principales villes et les communautés des royaumes d'Espagne adressèrent, en même temps, à madame des Ursins, des lettres de congratulation, en la titrant aussi d'Altesse*.
Le roi, enchérissant sur ces marques publiques de considération, la traitait comme une véritable princesse du sang. Sortait-elle, elle avait une suite imposante. Quittait-elle un instant TEspagne, pour aller aux eaux de Bagnères, elle avait une escorte de douze gardes du corps, qui faisaient sentinelle dans son antichambre. La venaient la voir, comme si elle eât eu en ses mains les destins de la guerre et de la paix, l'ambassadeur anglais, lord Lexington, et généralement les ministres et les ambassadeurs étrangers qui voulaient lui faire accepter les traités qu'ils projetaient. « Elle réglait tout, elle se c( mêlait de tout, dil le marquis de Saint-Philippe, tou- « jours fâché d'avoir à heurter contre son nom. La faveur « de la reine avait porté son crédit au plus haut point*. » Les cii'constances qui avaient motivé l'arrestation du duc de Médina-Cœli la servirent encore, en lui permettant de renouveler le ministère. Selon Saint-Simon, qui n'attribue qu'à elle ce changement ministériel, elle y introduisit I). Fr. Ronquillo, les ducs de Veraguas et de Mëdina-Sidonia, le comte de Frigiliana et le marquis de Bedmar, à qui elle
> Dé|K)t île la guerre, n* 2529, 30 septembre 17ii, t. H, GXLV' lettre. CheT. du Bourk i Toytf'm. — "> Mém. de Sami-Philippe, t. Uï, p. 8 el63.
448 SON PLAN DE CONDUiTE.
donna la guerre, qu'elle ôta au duc de Saint-Jean ^ A l'exception de Ronquillo, tous étaient des seigneurs de premier ordre. L'un avait proposé la fameuse lettre au roi de France, l'autre l'avait rédigée, tous Pavaient signée.* Quant à Ronquillo, il avait, après la victoire de Vendôme, comme à l'époque de celle de Berwick, poursuivi sévèrement les traîtres et les suspects, et préparé à Philippe V un lit tranquille dans sa capitale, après le lit glorieux de Yillaviciosa. Ainsi, à ne regarder qu'aux preuves de fidélité, ce n'étaient pas de mauvais choix que ceux qu'avait faits la princesse des Ursins. Mais, quel que fût le dévouement de ces minisires divers, elle n'était pas d'avis que Philippe V se mît sous leur tutelle, et payât leur soumission ou leur fidélité par une abdication de pouvoir. Les grands, il est vrai, avaient rendu au roi un service éclatant, en se ralliant à son étendard : il était tout de suite devenu maître de la situation ; mais, tout compté, ils n'avaient fait, et même un peu tard, que leur strict devoir, et si néanmoins on leur devait quelque reconnaissance, à cause du bien extraordinaire et subit qui en était résulté, ce n'était pas une raison pour leur laisser reprendre leur ancienne suprématie, pour rouvrir la lice à de vieux préjugés, qu'un élan de zèle enthousiaste avait contenus peut-être plutôt que dissipés, et qui, très-inquiétants pendant la guerre, pourraient devenir aussi un des plus grands dangers de la paix. C'était, en délinitive, à la conscience de ses prérogatives et de son droit, à la fermeté de sa bannière, à la discipline et à la règle, que le roi, malgré tant de difficultés et de périls, avait dû son succès. Il fallait donc, après comme avant la victoire, se convaincre de plus en plus qu'on pouvait, en faiblissant, enhardir autour de sof un orgueil non éteint, et qu'on
• Mém. de Saint-Simn, t. XVÏ, p. 23S.