‹ La princesse des UrsinsChapitre 218 sur 278 · CUMUL DES CHARGES EN ESPAGNE · texte numérisé non relu

CUMUL DES CHARGES EN ESPAGNE

démission était exigée plutôt qu'offerte, et madame des Ursins avait contribué à cette mesure, parce que, en faisant destituer le comte d'Aguilar et débarrassant le maréchal Vendôme, elle s'assurait elle-même.

Madame des Ursins n'était pas à Madrid ce qu'était madame de Maintenon à Versailles, je veux dire un mo dèle rigide, quoique tardif, de dévotion et de piété, sur lequel les hommes nouveaux et en place composaient leur visage et leur maintien, et qui faisait succéder souvent, dans le déclin du grand régne, l'hypocrisie et la contrainte à la franchise et à la hauteur de caractère des premières années. Si elle lui eût ressemblé sous ce rapport, on pourrait dire que, dans cette circonstance, elle vengea aussi la morale. Mais madame des Ursins n'avait rien de la sévérité d'un moraliste : femme politique avant tout, voulant fonder le pouvoir absolu du roi en Espagne, dans un but d'unité nationale et d'abaissement des grands, les considérations qui se rattachaient à cet ordre d'idées étaient à peu près les seules puissantes sur son esprit. Sa réputation là-dessus était si bien établie, si insoucieusement même acceptée, que lui prêter un autre rôle ne serait pas seulement fausser son caractère, mais lui ôter tout intérêt, en le dépouillant de sa franche et vive originalité.

Rouvrons à présent notre marquis de Saint-Philippe, après avoir rectifié son témoignage, parfois peu impartial, quand il s'agit d'un grand d'Espagne en parallèle avec un Français : nous y découvrirons que la démission ou plutôt la disgrâce du comte d'Aguilar, en faisant avorter une intrigue ambitieuse et occulte, fut aussi un événement administratif. Le cumul des charges avait été une des plaies de l'administration, sous les rois autrichiens ; c'était un abus, que madame des Ursins avait à cœur de réformer, et nous la verrons tout à l'heure spécialiser les charges sur une plus vaste échelle. Or le comte

456 DISTRIBUTION DES CHARGES DU GOIITE D'AGUIIAR.

d*Aguilar en possédait plusieurs : il était à la fois capitaine d*une des compagnies des gardes du corps, directeur général de Tinfanterie, et entin chancelier des Ordres V II constituait donc une dérogation vivante et flagrante à ce principe de tout bon gouvernement, la division des fonctions. Ajoutée à toutes les autres, cette raison explique pourquoi on se hâta de proGter de la démarche que lui dictait ou son dépit ou un ordre du roi, pour le mettre de côté, et frapper en lui un vieux vice administratif de la dynastie précédente. Il n*y a qu'un mot là-dessus dans le marquis de Saint-Philippe, mais il est clair : «c Le roi. dit-il, après avoir reçu la démission du « comte d'Aguilar, distribua ses charges à d'autres, diS" « tribuo lo8 à otros *. » Pour un seul qu*on perdait, on en contenta trois.

Tombé tout à fait, soit comme dignitaire de l'État, soit comme représentant les anciens errements administratifs, et n ayant rien sauvé du naufrage, le comte d'Aguilar parut néanmoins aux réceptions de la cour, où il baisa, comme les autres grands, la main de Leurs Majestés. Mais ce ne fut que pour y affecter une gaieté, une satisfaction choquantes, et s'attirer, comme le prévoyait le chevalier du Bourk dans une de ses lettres à Voysin, une autre mortification. Bientôt, en effet, on lui fit dire de n'y plus venir, et ainsi se termina TafTaire de ce seigneur, peu importante au premier coup d'œil, mais qui, examinée sous toutes ses faces, ne laisse pas que d'offrir un sérieux intérêt ^.

' Mém de Saint-Philippe, t. Itl, p. 22. -. < Ibid., p. 32, 23. — > Dépôt de kl guerre. Lettre du chev. du Bourk à Voysin, 1711, t. II, p. 23, 29, 21 décembre.

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