‹ La princesse des UrsinsChapitre 220 sur 278 · SENTIMENTS · texte numérisé non relu

SENTIMENTS

Guilhem de Castro, son devancier et son premier modèle. Un seul seigneur trouvait du charme à ces importations de Tarti. français en Espagne, c'était le duc d'Escalone, esprit distingué, grand admirateur des chefs-d'œuvre de nos écrivains, et le premier qui poussa la sympathie pour les mœurs de la France jusqu'à se dépouiller de son costume national, pour prendre l'habit à la française. L'adoption du costume complétait pour lui son assimilation au peuple le plus policé du monde. Son exemple devait avoir, avec le temps, une infinité d'imitateurs; mais alors J'influence de la civilisation française, personnifiée par la nouvelle dynastie, était de trop fraîche date. On murmura donc, et les marques de désapprobation, quoique fondées en apparence sur ce que les affaires de la guerre demandaient qu^on s'occupât d'autre chose que de comédies et de mascarades françaises^ n'en étaient -pas moins véritablement des plaintes contre ces innovations littéraires de la cour de Madrid ^ Comment n'en eût-il pas été ainsi? Une lettre du chevalier du Bourk nous apprend, en 1712, que le roi et la reine d'Espagne, sous les yeux des Espagnols, indignés ou confus, s'ennuyaient sans cesse à la représentation des comédies espagnoles, les mieux goûtées du public. Ayant reçu, l'un à Paris, Tautrc à Turin, une éducation également française ', ils appréciaient peu des poèmes qui n'allaient pas à leurs lectures habituelles, à leurs mœurs, à leurs idées, au génie de leur pays, à tout ce qui donne un goût déterminé. Rien n'est plus divers que ce qu'on appelle le comique et l'esprit. Ces deux qualités de style ou de genre offrent autant de difG&rences ou de nuances qu'il y a d'idiomes, de nations, ou même de classes. Telle locution, telle scène, tel trait, pourront avoir ce double caractère au delà

• Mém. sur VEspagne^ dans Filli-Morilï, liv. V, p. 232. — • HUtme secrète de la cour de Madrid, 1702, p. 51 .

Page 1