‹ La princesse des UrsinsChapitre 224 sur 278 · ORRY · texte numérisé non relu

ORRY

dans la même proscription. Sans chercher d'autres raisons du rétablissement actuel de l'ancienne succession castillane^ Texpérience ne nous apprend-ellc pas que, souvent, une institution, qui serait bonne en elle-même, porte la peine du système odieux qu'elle rappelle, ou dont elle parait un anneau ?

Quand la reine d'Espagne eut ainsi mis le sceau aux vues de Louis XIV et aux espérances particulières de sa propre maison, la princesse des Ursins quitta le fonds du théâtre, où elle s'était un instant retirée, et reparut sur le premier plan. Ce fut, cette fois, pour deux grandes réformes, dont la division des emplois du comte d'Aguilar n'avait été que Tavant-propos. Elles étaient. Tune, gouvernementale, l'autre, financière, et elles s'accordaient parfaitement, soit avec l'intérêt monarchique, soit avec les conditions d'une bonne administration ; la seconde, particulièrement, ofTrait une utilité plus nationale que la nouvelle loi de succession. Madame des Ursins en fit rédiger le plan par un Français, qui avait toute sa confiance, par Orry, qu'il nous faut à présent faire mieux connaître, d'après surtout le maréchal de Berwick, que nous citerons presque textuellement ' .

Orry n'était pas un homme de génie; mais il avait infiniment d'esprit, d'éloquence et de travail. Admirateur passionné de l'organisation financière que Colbert avait établie en France, il voulait en introduire en Espagne les principes et les règles, et personne n'était plus en état que lui de réussir dans cette difficile entreprise, parce qu*il excellait dans la connaissance et le maniement des finances'. Malheureusement, incapable de résister à l'impulsion d^me imagination trop vive et d'un esprit immodéré, il ne se bornait presque jamais à ses attributions

* «ém. de Berwick, t. ), p. 336, 357. — * Ibid.

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spéciales, ce qui faisait qu'il ne pouvait trouver assez de temps pour finir aucune afraire^ Ce n'est pas quà la place des vrais moyens, qu'une raison patiente lui eût fait découvrir, il n'inventât mille expédients plus surprenants les uns que les autres'; mais aussi, dés qu'il avait projeté quelque chose, il s'imaginait et assurait hardiment qu'elle était faite ^ : c'est là ce que divers généraux français, à leur arrivée en Espagne, avaient eu à lui reprocher. Moins heureux dans la politique et la guerre, où ses vues étaient le plus souvent fausses^, il donnait pourtant là-dessus des avis, que la bonne opinion qu'il avait de lui-même lut faisait soutenir comme excellents': administrateur parfait, s'il avait travaillé sous un homme habile et posé, qui lui eût fait teriir pied à boule^y et l'eût empêché de se mêler d'autre chose. Ces défauts étaient cause aussi qu'en Espagne, où un ministre d'origine française était d'avance livré à la réprobation, on lui contestait jusqu'à son aptitude financière, qui était pourtant trèsréelle. On allait même jusqu'à l'accuser d avoir géré avec peu de probité les revenus de l'État : on l'avait dit souvent au maréchal de Berwick, que l'on savait très-influent auprès de madame des Ursins, prolectrice ardente d'Orry; mais Berwick était resté dans le doute à cet égard, parce qu'on ne pouvait jamais lui citer un seul fait qui le prouvât^; et, par une juste réserve, il consignait, dans ses Mémoires, que les ennemis de ce ministre s'étaient inspirés, sur ce point, d'une haine calomnieuse, ou que du moins, s'il avait pris, il avait été assez adroit pour couvrir d'un voile impénétrable ses prétendus larcins*.

On n'était pas moins acerbe, mais on était plus vrai, quand on lui reprochait ses manières dures, ses brusqueries, son emportement ; quand on disait qu'il n'écou-

« Mém. de Berwick, l. I. p. 356, 537. - « Ibid. — s /Wrf. — ♦ /Wrf. — » IMfl. — • Ilfid. — ' IMd — « IbUt,

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