ORRY
tait rien, ne gardait aucune mesure et ofTensait tout le monde, pour naturaliser en Espagne les formes étrangères, quoique plus régulières, de Tadministration française. Froissant des intérêts, des mœurs anciennes, des préjugés invétérés, il devait s'attendre que son dessein rencontrerait des obstacles, et l'avantage de la raison ne justifiait pas en lui la rudesse des procédés. Les Espagnols s'en vengeaient par une aversion des plus marquées et qui leur fit souvent demander son renvoi. On avait déjà une fois, en 1704, fait droit à leurs plaintes; on voulut les satisfaire une seconde fois en 1712. A cette époque, le gouvernement avait besoin de ménager les esprits pour l'adoption de la nouvelle loi de succession au trône, et Orry, à qui l'on prétait des plans extraordinaires de réforme dans l'administration et dans l'État, ne servait qu'à les irriter. On le fit partir pour Paris, et la cour de Versailles, qui pouvait bien approuver ses projets, mais en trouvait la manifestation prématurée et dangereuse, ne le vit pas revenir avec peine et le traita même assez mal. Mais, dans la pensée de celle de Madrid, et particulièrement de madame des Ursins qui y dominait, le départ d'Orry n'était pas une disgrâce ni un renvoi, c'était un éloignement, commandé par les circonstances du moment, et passager comme elles. La loi sur la succession une fois adoptée, sanctionnée, signée, madame des Ursins n'eut pas de difficulté à obtenir du roi d'Espagne sa réintégration. Comme I^ouis XIV ne se montrait pas disposé à y accéder, elle profita du séjour qu'elle alla faire qudque temps à Bagnères^ pour expliquer de plus près au roi de France ce que ce ministre voulait établir ; elle en prit sur elle toute la responsabilité, parce qu'elle en avait eu, à ce qu'il parait, l'initiative, et qu'Orry n'était en quelque sorte que son pouvoir exécutif; elle défendit si bien, en un mot, son client et sa cause, qu'elle gagna son procès