‹ La princesse des UrsinsChapitre 226 sur 278 · MORT DE LA REINE MÂHIE-LOUISE · texte numérisé non relu

MORT DE LA REINE MÂHIE-LOUISE

et ramena au delà des Pyrénées son homme de confiance, dont la rentrée à Madrid fut un véritable triomphe.

Quel défi madame des Ursins jetait à la nation espagnole, et quel redoublement de haine n'allait-elle pas exciter contre son protégé et assumer sur sa tête ! Elle avait obligé Taristocratie de rendre les armes ; elle voyait les étrangers, terrassés au cœur de l'Espagne, tandis que, à l'extrémité occidentale de la Péninsule, le vainqueur d'Âlmanza, envoyé aussi par Louis XIV, après Noailles, allait les presser vivement dans Barcelone, leur dernier boulevard; elle savait, dun autre côté, que l'Espagne ellemême était persuadée qu'on ne pouvait en finir promplement avec eux sans le secours des Français, et la noblesse entière s'était faite tout récemment l'organe de ce vœu national, l'interprète de ce besoin. Dans cette situation, dont elle abusait peut-être, elle se croyait tout per* mis en faveur d'un Français, en faveur des réformes qu'elle voulait opérer par lui, ou qu'elle ne croyait pas pouvoir confier à d'autres mains. Elle préparait tout pour cette entreprise, et avait à cet égai-d des conférences suivies avec Orry, lorsqu'un accident terrible et imprévu en vint retarder la mise à exécution. Après trois jours seulement d'une dernière et cruelle maladie, la reine fut tout à coup enlevée à l'afTection et à Tadmiration de ses sujets, le 14 février 1714, à l'âge de vingt-cinq ans. Durant dix années, longues et pénibles, comme le sont les années de tribulation et de combat, et à un âge, peu fait pour les grandes épreuves de la vie, elle avait eu à déployer tant d'énergie, de persévérance, d'activité, elle avait dû si souvent se roidir contre les coups du sort, supporter les fatigues des voyages ou plutôt des fuites précipitées à l'approche de l'ennemi, subir l'intempérie des saisons, se réduire aux misères de la vie errante, s'abriter sous un mauvais toit, et donner pour couche à son corps délicat le

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