MACAMZ ; SES OPINIONS ET SES EMPLOIS
comme dans les maisons des grands, comme dans les palais des rois , et qui, enfin, empruntant le nom de Dieu, était parvenu à faire accepter aux peuples fanatisés ses sombres et mystérieuses terreurs. Il y avait si bien réussi, que son inviolabilité était devenue pour eux une nouvelle croyance, et que les gens éclairés eux-mêmes, au nombre desquels était, sans contredit, le marquis de Saint-Philippe, taxaient de foi suspecte les ennemis de Tlnquisition, ne concevant pas qu'on pût allier la pureté du dogme catholique, ou même chrétien, avec des sentiments hostiles à ce tribunal*.
Madame des Ursins crut pouvoir néanmoins, au degré de force où se trouvait la royauté, entreprendre la lutte contre cette formidable institution, et faire, pour ainsi dire, en Espagne, malgré des difficultés peut-être plus grandes, une sorte d*édit de Nantes. Bien des personnes, sans attaquer de front les principes de l'Inquisition, ne laissaient pas que de répandre un esprit qui lui élait peu favorable. Macanaz surtout, véritable légiste, était terrible contre tout ce qui constituait un obstacle aux progrès du pouvoir royal, immunités de l'Église, indépendance judiciaire du prêtre, puissance excessive de l'Inquisition. Dans le royaume de Valence, où il avait rempli les fonctions de juge fiscal, en 1 709, il avait traduit laïques et clercs, sans distinction, devant son tribunal, et avait em- * péché les moines rebelles de Xatica d*aller s'établir dans la ville de Saint-Philippe, où ils auraient porté la contagion de leur mauvais exemple. L'archevêque de Valence, le fameux don Cardona, qui, depuis, passa h Tarchiduc, Tavait excommunié. Il lui objecta, c est le chevalier du Bourk qui nous le dit, les ordres du roi, et méprisa l'excommunication *.
« Mém. de Saint-Plùlippe, f . IIÏ, p. 127. — « Dépôl de la guerre. Clicv. du Bourk i Voysin, t. II, 1709. GCUXXIV* lettre.
PHILIPPE V NE VEUT PAS ASSISTER AUX ALTO-DA-FÉ. 47î>
Cet anathëme, lancé contre lui, fut levé plus tard, et madame des Ursins, qui vît quel parti elle pourrait tirer de son zèle, le fit nommer juge fiscal au conseil de Castille. Du reste, ce conseil promettait de la seconder. Le père Robinet lui-même ne devait pas être hostile : car, bien différents de leurs confrères de France et de ceux de tant d autres pays, les jésuites d'Espagne, en présence de l'Ordre adverse des dominicains, qu'ils avaient déjà dépouillé du confessionnal, mettaient au service de l'État leur politique, habilement complaisante. Ailleurs, ils attisaient le feu des animosités religieuses ; en Espagne, devant leurs rivaux, dont ils étaient mal vus et qui étaient les créateurs et les seuls juges de l'Inquisition, ils avaient pour mot d'ordre : tolérance et modération.
Nous verrons madame des Ursins tourner cette situation au profit de l'objet qu'elle poursuivait ; mais, en attendant d'en être arrivés là, disons que Philippe V devait aussi la laisser faire. La ferveur de sa dévotion n'avait pu le rendre insensible et dur, et il éprouvait pour les fêles et les amusements sanguinaires de l'Espagne une répugnance, qu'il n'avait même pu s'empêcher de manifester, dès son entrée dans ce pays. Nous lisons, dans les Mémoires du maréchal de Noailles, que, « avant d'arriver à « Madrid, en 1701 , on annonça à Philippe V un auto-da-fé» « pour le jour de son entrée solennelle, où l'Inquisition « devait faire brûler trois juifs. On lui en parla comme « d'une fête, comme d'un divertissement royal, et un seic( gneur espagnol se félicita de n'avoir jamais manqué à « un si grand acte de religion, Louville eut le courage de « i^présenler que les souverains ne voient les criminels « que pour leur faire griice; qu'ainsi, les lois d'Espagne c( ne permettant pas de l'accorder en pareil cas, il conve- « nait que le roi se divertit à quelque autre chose plutôt « qu'à un spectacle de cette nature. I^e roi déclara qu*il