‹ La princesse des UrsinsChapitre 232 sur 278 · SERVICES DE LINQUISITION PENDANT LA GUERRE · texte numérisé non relu

SERVICES DE LINQUISITION PENDANT LA GUERRE

« ne s*y trouverait pointa » Les combats de taureaux ne lui plaisaient pas davantage, comme on le fit dire aux habitants de Burgos, qui avaient voulu, lors de son passage, le régaler de cette fête, moins propre cependant à exciter

son aversion *.

Les sentiments de madame des Ursins ne manquaient donc pas d*écho en Espagne ni au centre de TÉtat, et le concours d'Orry, qui s'ajoutait à tous ces appuis, d'Orry, dont le fils, élevé dans les mêmes traditions, fut plus tard lami de Marmontel et le premier protecteur de Voltaire, ne devait pas, malgré sa qualité de Français, être inutile à leur parfaite application. Forte de ces appuis divers, madame des Ursins, que nous savons si éminemment Française elle-même par les idées, plus que par les péré^ grinations de sa vie, aurait donné suite à ses desseins, longtemps avant l'époque à laquelle nous sommes pane* nus; mais Louis XIV, au milieu de tous les dangers d'une guerre, difficile au dehors, et non moins compliquée au dedans, arrêta sagement la précipitation libérale de son esprit. L'Inquisition put encore vivre en paix; que dis-je? elle put frapper à Taise de nombreuses victimes, les unes pour des crimes d'hérésie, que la présence de tant de protestants, anglais, hollandais, allemands, en Espagne, avait rendus nombreux; les autres, pour infidélité envers Philippe V. En 1707, elle publia un édit, par lequel, fai- I sant de la délation politique un cas de conscience et de

devoir religieux, elle obligeait les Espagnols à dénoncer tous ceux qu'ils sauraient avoir violé leur serment envers Philippe V ; elle ordonnait aux confesseurs, en particulier, de refuser l'absolution à quiconque aurait enfreint cette sainte injonction. On conçoit combien de personnes durent être atteintes par les foudres, ainsi multipliées,

I * LcUre de Loaville i M. de Torcy, 10 mars i701, dans les Mém. de

yoailles, 1. 1, p. 49. — * /Wrf., p. 35.

de ce tribunal, a Les quarante années du règne de Phi- « lippe V, dit Llorente, dans son Histoire de llnquisition « espagnole, offrent 1 ,574 individus, bridés en personne « dans les diverses villes d'Espagne, 782, brûlés en eiligie, « et 11,730, pénitenciés^ » U est probable que la plupart de ces malheureux appartinrent aux temps factieux de la Guerre de succession : cela explique pourquoi le gouvernement, sans approuver en principe ce nouvel édit, comme consacrant une confusion du temporel avec le spirituel, dont il pouvait à son tour avoir lui-même à souffrir, permit pourtant au dévouement des inquisiteurs un empiétement de juridiction, qui servait mieux ses intérêts du moment. U n'en nourrit pas moins le projet, non-seulement d'empêcher en Espagne cette survivance intempestive de l'esprit du moyen âge, mais encore de détruire rinstitution, qui en était l'expression et l'effet. « La prince cesse des Ursins appuyait les plaintes, portées cx)ntre les « inquisiteurs. Elle s'était mise en tête de soutenir lace dessus M. Orry, et c'était un très-bon moyen de lui faire c< sa cour que de se déclarer contre eux*, m Orry plaidait la cause de la tolérance en Espagne, comme Colbert, son modèle, l'avait fait en France.

L'intention resta donc, et, en 1714, une circonstance nouvelle, probablement ménagée dans ce but, fit espérer qu'on réussirait. Cette circonstance était la nomination du cardinal del Giudice, successeur du grand inquisiteur Rocaberti, en qualité d'ambassadeur extraordinaire en France 11 était chargé de signer, au nom de Philippe V, le traité d'Utrech t, et d'afl'ermir, par ses démarches auprès de Louis XIV, la positon de madame des Ursins en Espagne.

Assurément, telle était sa mission; nous ne voulons ni ne pouvons le contester. Mais qui ne voit qu'on aurait pu

* Uoreote, HiMoire de tlnqiàêUUm (TEspagne, t. XIV, cité par William C<ne, t. lU. — > Mém. de Samt-Philippe, 1. 111, p. 126, i48.

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