‹ La princesse des UrsinsChapitre 234 sur 278 · CONTRE LES ABUS ECCLÉSIASTIQUES · texte numérisé non relu

CONTRE LES ABUS ECCLÉSIASTIQUES

« grave et très-catholique historien, aux sacrés canons et a aux décisions du concile de Trente, il prétendait que «t c était au pape, et non au roi, de les réformer K »

Ce qui garantissait bien davantage l'assentiment du conseil de Castille, c est qu*il avait été depuis peu presque entièrement renouvelé, et que, d*autre part, madame des Ursins, de concert avecOrry, avait introduit au ministère, a la place de ceux qui avaient fait ou signé la fameuse lettre de Valladolid, et qui n'étaient plus de circonstance, d'autres hommes, tous, imbus de ses idées et disposés à la seconder auprès de ce conseil, tous, comme Macanaz et comme les destructeurs des immunités ecclésiastiques en France, appartenant à la bourgeoisie. Ces hommes nouveaux, plus ennemis, par intérêt et par instinct, de tout privilège, étaient don Bernard Tinagéro, qui avait le département des Indes et de la marine, don Michel Fernandez Duran, à qui avait été confié le département de la guerre, et don Manuel Yadillo, qui était ministre de la justice et avait aussi sous sa direction les affaires ecclésiastiques. Un seigneur, très-aimé du roi, le marquis de Grimaldo, restait au ministère ; mais on lui avait ôté le poste, le plus important de tous peut-être, la secrétairerie des dépèches universelles ou du Despacho, pour ne lui laisser que l'intérieur et les affaires étrangères*. C'est ce remaniement de personnel, tant dans le conseil de Castille que dans le ministère, qui faisait dire au marquis de Saint-Philippe, «t qu'il ne manquait pas de ministres par- <c tisans de Macanaz et qui cherchaient à faire la cour à « M. Orry *. »

Mais, en Espagne, on tremblait trop encore au seul nom de l'Inquisition, qui, au besoin, aurait fait traîner dans ses cachots les plus grands seigneurs, les ministres

*^ém. de Saini-Philippe, t. III, p. 129. - « /*/«/., p. \Wk -^ » iM., p. 130.

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mêmes des rois, conime le plus obscur citoyen. Aussi avait-il fallu bien du courage à Macaiias pour donner à madame des Ursins ou au roi des marques si périlleuses de dévouement. Le conseil de Castille n*en avait guère moins besoin pour oser adopter ses propositions , et, quelle que fût sa bonne volonté, il fallait /éviter de mettre ses membres sous le coup de cette invincible terreur. 11 y avait trois moyens pour cela : c'était, en premier lieu,, que les inquisiteurs n'eussent pas connaissance du mémoire de Macanaz avant la décision de ce conseil ; en second lieu, que Tonyotât au scrutin secret, de manière que les voles individuels ne fussent connus que. du roi, seul président de celte assemblée et seul vérificateur de ses votes ; ainsi Ton éviterait les indiscrétions compromettantes, ou les révélations funestes, que pourrait amener, parmi des conseillers rivaux, la peur ou Tantagonisme habituel d'opinion. En troisième lieu, avant d'entamer l'affaire, avant même de rien laisser transpirer de ce dessein, on devait attendre que le gran4 inquisiteur, cardinal del Giudice, fût parti pour Taris, où il devait se rendre incessamment, à moins de vouloir perdre, ou de navoir qu'à moitié le bénéfice de sa nomination comme ministre plénipotentiaire. On songea aux deux premières précautions, et le conseil de Castille pouvait espérer, à la faveur de cette antériorité des votes et de leur secret, qu il ne donnerait aucune prise aux anatbèmes de rinquisition. Comment en effet pourrait-elle l'atteindre? Les conseillers n'étaient attaquables que comme individus, et non comme corps. Or, comme individus, sur quoi s'appuyer pour les citer à sa barre, du moment où chacun, ignorant le vote de son voisin, ne pourrait fonder une dénonciation que sui* des soupçons incertains, et où les clefs de Ténigme seraient entre les mains seules du roi.

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