‹ La princesse des UrsinsChapitre 239 sur 278 · CETTE LUTTE WEST POURTANT PAS SANS FRUITS · texte numérisé non relu

CETTE LUTTE WEST POURTANT PAS SANS FRUITS

gnol, il n'existait aucune jalousie, aucune rivalité, comme en France, entre les jésuites et les prêtres séculiers; il y avait, au contraire, une harmonie parfaite entre les deux ordres, dont Tun ne voyait dans l'autre, quand il s'agissait de la religion romaine et de ses propres immunités, qu'un défenseur, d^autant plus sur qu'il était plus violent.

En présence de cette démonstration populaire et de cette bonne harmonie, le roi maintint ses réprimandes et ses injonctions, mais il ne rendit pas le décret d'abolition, qu'on espérait lui arracher dans un moment trop fugitif de fermeté. Ce n'est que dans le siècle suivant, après une nouvelle invasion française^ et sous un roi, également français, mais nécessairement plus éphémère que lepetitiils de Louis XIV et de l'infante Marie-Thérèse, que Unquisition tomba sans retour en Espagne.

Est-ce à dire, pour cela, que, à cette époque, la lutte de madame des Ursins et de ses partisans contre ce tribunal fut sans aucun résultat? Le gouvernement anglais, dont les relations diplomatiques avec la nouvelle cour de Madrid avaient commencé régulièrement après la paix dUtrecht, avait, en sa qualité de protestant, un intérêt trop puissant dans la question pendante, pour ne pas s'en occuper. Selon les termes exprès des historiens du temps, il obtint, par rinlermédiaire de madame des Ursins S que le palais de l'ambassade anglaise k Madrid jouirait du droit d'asile contre toutes les procédures de l'Inquisition, et qu'il en serait de même de tous les vaisseaux de la couronne britannique, lorsqu'ils seraient dans les ports de TEspagne. L'ambassadeur anglais, lord Lexington, annonça à la reine Anne cette restriction, apportée à l'action du saint-office en faveur de la liberté religieuse, et il lui parla aussi de Tallié puissant qu'à cet égard il avait rencontré à la cour de Madrid*.

* HUt. êecrète de la cour de Madrid, \ vol. in-lS, année 1714. et Fllti- Horitz. Lettres et Mém, sur f Espagne, VI* lettre, p. 157, 158. ^ * /M.

HAINE DE L'hNQUISmON CONTRE LA PRINCESSE DES URSINS. .495

Ainsi rinquisition était toujours debout ; mais on avait un moyen de lui échapper, de la braver même, et ses foudres, jusque-là invincibles, devaient désormais se briser, impuissantes, contre le bouclier protecteur de rambassade anglaise. C'en est fait, tôt ou tard, de la tyrannie, quand on a réussi à lui susciter un obstacle qu'elle n'a pu empêcher et qu'elle devra subir. La terreur est sa base, et l'universalité de la soumission son prestige Vaincre tout et toujours est la condition de sa durée, comme le signe de sa force. Qu'il arrive un jour où, ne fût-ce que sur un point, elle ait dû capituler, et où, à ses côtés et sous ses yeux, dans son propre domaine, le moindre coin de terre, comme un sol neutre et sacré, puisse recueillir sûrement et lui refuser sa proie, de ce jour, par l'inévitable progrès du mal qui l'a une fois atteint, on peut prédire sa chute, et marquer d'avance, en quelque sorte, le moment fortuné de la délivrance d'un peuple! L'Inquisition le sentit ; elle craignit, à la première occasion, quelque nouvelle attaque, et fut d'autant plus portée à l'appréhender, que Philippe V avait tout suspendu sans rien désapprouver! Sous l'empire de cette crainte, elle s'appliqua à une chose urgente, à renverser enfin cette hardie Française, par qui lui venaient ses blessures et ses dangers, et elle se mit à l'œuvre au plus lot, pour tout terminer avantageusement pendant les heures de répit qui lui étaient données.

La princesse des Ursins avait eu à résister jusqu'ici aux attaques répétées de beaucoup d'ennemis, et elle Tavait fait victorieusement : c'est l'Inquisition maintenant qui, ténébreusement sans doute, allait là prendre à partie. Nous allons voir si elle fut aussi heureuse dans cette lutte, autrement formidable.

496 LA PRINCtSSE DES URSiNS, APRÈS U MORT DE U REINE.

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