CORRIDOR DU CHATEAU ROYAL D£ MKDINA-CŒLI
général. Deux seigneurs furent emprisonnés, également à cette époque, don Manuel de Sylva, commandant des galères de Sicile, déjà exilé temporairement en 1709, pour avoir, disait le décret, mal parlé d'elle', et don Valerio d'Aspetia, lieutenant-général. L'un et l'autre étaient ennemis déclarés de madame des Ursins, et le premier avait , en outre le défaut d*étre très-lié avec le duc d'Uzéda. Valerio d'Aspetia mourut en prison, à Tâge de soixante-dix ans et après cinquante ans de service, perte regrettable et qui entraîna celle de sa femme, encore jeune et belle, mais dont la douleur et la pauvreté abrégèrent les jours ^. Notez, à côté de cela, une jalousie ombrageuse de domination sur Philippe V, qui se développa terriblement, quand ce prince se trouva seul, et qui se trahit par les actes les plus déplaisants.
Les détails, que nous allons donner d'abord, ne sont pas tirés du marquis de Saint Philippe, où on les chercherait en vain : anecdotes, ou plutôt amusantes rumeurs de haute société et de cour, ils ont été puisés ailleurs. Ce n'est pas que personne fût mieux placé que l'historien espagnol, pour les savoir; mais sa gravité toute castillane combattait en lui le penchant à la médisante malignité. Nous les rapporterons d'après une source plus abondante et plus empressée à les recevoir, d'après Saint-Simon, qui, avant son séjour en Espagne, recruta ceux-là et d'autres, en France, auprès des d'Estrées, des Gramont, des Besons, de tous ceux qui avaient eu aiTaire avec madame des Ursins et qui avaient été, à tort ou à raison, plus ou moins mécontents d'elle. Nous citerons presque textuellement ses curieux et piquants récits, ne pouvant toutefois leur donner plus de valeur que n'en ont, à nos yeux, ses partiales autorités.
Saint-Simon nous apprend donc que, après la mort de
« Mém. de SaSu-Pkaippe, t. W, p. 88.-. « /M., p. 245. - ^ afi6m.jvr VEêpaçne duf FilU-Moriu, livre X, p. 250.
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Marie-Louise de Savoie, épouse de Philippe V, madame des Ursins soupa avec le roi el puis le transféra du palais de Buen-Retiro, où la reine était décédée, à celui de Médina- Cœli. Là elle fit faire un corridor, depuis le cabinet du roi jusque dans Tappartement des princes, où elle logeait, et ce ne fut pas, comme on pourrait le croire, pour faciliter les communicalions entre un père désolé et des enfants qui lui étaient devenus doublement chers, mais, suivant notre auteur, pour qu*on ne sût jamais si le roi était seul ou avec elle. Elle était si pressée de voir terminer ce passage secret, que, au grand scandale de la catholique Espagne, elle y faisait travailler les dimanches et les fêtes aussi bien que les jours ordinaires. Ce fut à tel point, que bon nombre de personnes pieuses demandèrent jusqu'à trois fois au père Robinet, le plus excellent des confesseurs qu'eut jamais Philippe V, s*il n'avait pas connaissance de ce travail illicite, el quand est-ce qu'il se proposait de le faire cesser. A quoi le fin jésuite, qui ne voulait pas être accusé d'une morale relâchée, répondit que le roi ne lui en avait point parlé, faisant allusion à son rôle de confesseur, dans lequel seul il donnait à entendre qu*il voulait se.rcnfermcr; il ajouta toutefois, pour leur satisfaction, que, s'il était consulté à cet égard, il ne manquerait pas de dire que, pour finir ce corridor criminel, le travail n'était jamais permis, mais que, pour le détruire, on pourrait y travailler même le jour de Pâques *.
Ce récit de Saint-Simon, tout accablant qu'il est, laisserait néanmoins subsister, dans la triste situation des enfants et de leur père, un moyen de justification pour madame des Ursins ; mais Duclos vient qui nous l'enlève, et qui, moins charitable que celui qu'il copie ordinaireméat quand il s'agit de cette femme célèbre, nous dit
* Mim. de Saini-Sman, t. XX, p. 17i, 172.
DIf: L'AUTORITÉ DES MÉMOIRES DE DUCLOS SUR CE SUJET. 499
purement et simplement quelle voulait faciliter la communication de son propre appartement à celui du roi, ce qui laisse ample carrière à la médisance et aux soupçons. Il fait plus : renchérissant sur Saint-Simon et se montrant plus au courant que lui de cette particularité, il cite un fait très-aggravant, à savoir que, pour cette très-suspecte communication, on fut obligé d'abattre un couvent de capucins, et qu'en conséquence, ô sacrilège I ô profanation! « on exhuma les cadavres, on ôta de Téglise le « saint-sacrement, les moines sortirent en procession; « tout Madrid cria ^ »
Heureusement, Dudos n*est encore ici que le copiste servile d'un auteur espagnol, dont nous avons plus d une fois signalé les contradictions et la mauvaise foi. Il a reproduit mot pour mot la version qu'on en trouve dans les Mémoires sur l Espagne, imprimés à la suite des lettres de Filtz-Moritz. Quoi I pour établir un simple corridor d'un appartement à un autre, il n'aurait fallu rien moins que détruire tout un couvent, grand comme ils l'étaient, spécialement en Espagne, avec sou église et tout ce qui servait aux exercices religieux et à l'habitation des moines? Et Saint-Simon n^en aurait rien su? Car, s'il en avait eu connaissance, il n'aurait certainement pas manqué de le jeter à la face de madame des Ursins. Le marquis de Saint- Philippe, qui était sur les lieux, un homme si religieux et qui ne pouvait souffrir madame des Ursins, ne dirait rien non plus, sans craindre ici de déroger à sa gravité habituelle, de ce scandale impie, de ce véritable trait de Vandale, qui avait révolté tout Madrid! Nous croyons que, si M . Duclos s'était mieux rendu compte de ce fait et de la source d'où il le tirait, il aurait crié, lui aussi, à Texagéralion, et n'aurait point paru le don-
' Mém. de Duclott collection Petilot, t. T, p. 230, paroles textuelles de l'auteur de^ Mém. tur PEtpafftie^ dans Fiitz-Morili, p. 248, livre X.