DE L'AUTORITÉ DE DUCLOS SUR CE SUJET
lier comme certain. Du reste, il en est de cela comme des noms propres, qu'il ne donne pas toujours exactement; il dit en effet : Vazn au lieu de Yazet, et le marquis d'Anbiyné pour d'Aubigny, tout court, ce fils d un procureur au Châtelel de Paris, devenu le favori de la princesse des Ilrsins ; il croit enfin que madame de Maintenon parlait sérieusement, quand elle disait, à ce qu'il prétend, à la marquise de Pompadour, que, d'après le train où allaient les choses, elle espérait qu'on verrait bientôt madame des Ursins, malgré ses soixante -douze ans, car elle avait alors soixante-douze ans, reine dTspagne et reine déclarée '. Que ne clierchait-il dans Saint-Simon lui-même, si souvent son oracle, le mobile secret d'un propos, en tout cas fort étrange, dans une bouche jusque-là si amie? Qu'y trouve-ton en effet? « Que madame de Maintenon était (( piquée de la promesse d'une souveraineté, faite à mate dame des Ursins par Philippe V, et de voir celle-ci y « prétendre; que œla offensa son orgueil, en lui faisant « seiUir la distance des rangs et des naissances, qui était (c la base d'un si grand essor, et d'autant plus que mac< dame des Ursins ne tenait son crédit que d'elle *. » Voilà le sentiment intérieur qui sert à expliquer, de la ])art de madame de Maintenon, un langage si peu en rapport avec le ton et les expressions de sa correspondance, mrme à l'époque où M . Duclos et Saint-Simon témoi};nent (le son changement, c'est-à-dire en 1714. Je rouvre en effet celte correspondance, et, précisément à la date du ("janvier 1714, j'y trouve ceci, en réponse à M. Duclos et aussi à Saint-Simon : « Que je vous plains, madame, c( dans votre merveilleuse place ! Car je connais l'atlache- « ment d'un cœur qu aucune souveraineté ne peut cpnsoler « de ce qui le fait souffrir. Il me paraît que la vôtre ren-
• Wm. de Diichs, p. 220. - « M<'m. de Saint-Simon, i. XX. p. 169.
DE LA PRINCIPAUTÉ DE MADAME DES URSINS. 5Ul
« contre plus de difficultés que jamais. Je ne suis pas surce prise que Tarchiduc s*y oppose et ne vous aime pas ; c( vous êtes trop attachée à ceux qu'il regarde comme ses a ennemis '. »
Ainsi, ce n'était même pas cette souveraineté, qui paraissait déplaire à madame de Maintenon, mais lobstaclc qui pouvait en résulter pour la signature de la paix entre l'Espagne et les alliés. Saint-Simon, et les autres familles, qui, en France, marchaient de pair avec celle de madame des Ursins, en étaient plus fâchés et plus jaloux qu'elle. Exposons, d'ailleurs, depuis le commencement, cette affaire de la principauté de madame des Ursins. L'éclat de son nom en recevra çà et là quelques taches ; mais nous saurons mieux apprécier les jugements des contemporains sur ce point et l'attitude des personnes, divei^sement intéressées dans la question. Et d'abord, quoi de plus naturel, quoi de plus juste que Philippe V voulût récompenser dignement l'attachement sans bornes de madame des Ursins à son égard. C'était après la bataille de Villaciosa; il voyait son trône affermi, son pouvoir consolidé, la tranquillité générale près de s'établir, la paix plus facile u conclure; et il se croyait redevable de la majeure partie de ces avantages aux conseils et à la politique de madame des Ursins. Il savait aussi que cette dame dévouée s'était ruinée à son service; que les gratifications, reçues du roi de France, et celles qu'il pourrait lui faire lui-même, malgré sa pauvreté personnelle, ne seraient pas l'équivalent de ce qu'elle avait sacrifié pour sa cause. 11 n'ignorait pas non plus qu'il était plus digne, plus honorable de lui faire, à la fin de son ministère^ ou plutôt de son règne, comme parle Saint-Simon, une existence plus indépendante, moins précaire et plus relevée que
' Corresp. de madame de^ Ursins et de madame de Mainleiion, t. IH, p. 21, 22.