‹ La princesse des UrsinsChapitre 243 sur 278 · DE U PRINCIPAUTÉ · texte numérisé non relu

DE U PRINCIPAUTÉ

celle de pensionnaire d un État. Mû par ces motifs, il décida que, dans les Pays-Bas, dont il devait aloi^ faire cession à l'électeur de Bavière, allié de 'Louis XIV, on \ réserverait, non pas, comme le dit tout de suite Saint- Simon, un petit coin du Luxembourg, mais le comté de Limbourg, pour le donner à madame des Ursins à titre de souveraineté *. L'électeur de Bavière et Louis XIV luimême y avaient consenti. C'est ce que nous apprend positivement la jeune reine d'Espagne, dans une lettre, où elle recommande cette affaire à madame de Maintenon, avec toute la chaleur de son imagination vive et de son cœur exalte. « Le roi, mon grand-père, nous Ta promis, lui « dit-elle, et Ton n*aura pas à craindre que madame des « Ursins entretienne de grandes armées qui puissent faire « peur à ses voisins... Aussi suis-je assez glorieuse, je « vousTavouc, pour ressentir du plaisir de faire pour ma « camerera mayor plus que ce que les reines, qui m'ont « précédée, n ont fait pour les leurs * .. »

Mais, en 1713, les choses changèrent de face : ccst TAutriche, qui était désignée par les confédérés pour remplacer le duc de Bavière clans les Pays-Bas ; et Tempereur, qui était le même que Tancien archiduc, n'y voulait, à aucun prix, rien céder à la princesse des Ursins, qui avait été sa plus dangereuse ennemie. A la place du comté de Limbourg, porté dans l'acte de donation, on désigna alors le comté de Cliiny, situé dans le Luxembourg, produisant environ 100,000 livres de rentes, et qui devait devenir pour madame des Ursins la principauté de la Roche-en-Ardennes. Mais cette modification, bien que plus acceptable, fut également repoussce par les Autrichiens.

' Lcllres patentes de donation, dont copie prise par nous aux Arcliire» royales de la Haye, Registre 1715 à i7U, et jointe au recueil de M. GefFror. — « Mém. fie NoaiUes, t. iv, p. 380, 381 , 382. Pièce» justiT. Mém. de Saint- Philippe, t. nr, p. 28, 29.

DE MADAME DES URSl.NS. 505

Louis XIV par conséquent revint sur la promesse qu'il avait faite à Philippe Y, ne pouvant plus la tenir, sans retarder la conclusion d une paix, justement et impatiemment désirée.

Le rôle de madame des Ursins eût été assurément plus beau, si elle avait renoncé elle-même aux bienfaits de Philippe V, dès qu'ils pouvaient être un obstacle à la paciflcation de l'Europe ; si elle avait préféré le bien général à son avantage particulier, et soutenu jusqu'au bout son caractèra: elle eût conservé parla le prestige de désintéressement et de grandeur qui Tavait constamment entourée. On lui aurait pardonné un amour du pouvoir, toujours étranger à des considérations de bien-être; et, comme l'ambition, à l'exemple des autres passions humaines, peut être une source de crimes, mais n'est pas un crime elle-même, on l'aurait louée chez elle, parce qu'elle aurait sans cesse évité la vanité qui la rapetisse, l'intérêt qui l'avilit, et ce retour continuel vers soi qui la travestit en intrigue. Mais elle ne sut pas couronner sa carrière par cette gloire véritable. Voyant le roi et la reine d'Espagne très^formalisés du pas rétrograde de Louis XIV, elle les irrita davantage par son attitude chagrine et son mécontentement particulier. Le marquis de Brancas, envoyé par Louis XIV en Espagne, vint présenter à Philippe V les articlesdu traité d'Utrecht, tels que les voulaient l'empereur et ses alliés; Philippe V lui répondit qu'il ne les signerait pas, à moins qu'on n'y ajoutât une clause spéciale pour la principauté de madame des Ursins. Cet ambassadeur s'en retourna furieux, criant contrôle gouvernement d'Espagne et spécialement contre madame des Ursins, qui menait tout, disait-il , et qui s'était mise à la traverse pour faire échouer sa mission. Il ne manqua pas d'attirer à la cour de Madrid le» gronderies de Louis XIV : ce fut inutile; Philippe V persista dans sa résolution, et il se contenta

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