‹ La princesse des UrsinsChapitre 248 sur 278 · ÔIO ÉCHEC DE LA PRINCESSE DES DRSINS · texte numérisé non relu

ÔIO ÉCHEC DE LA PRINCESSE DES DRSINS

lien, et le faire incliner vers les désirs du roi son aïeul.

C'est du ministère français que lui vinrent ces plainteS; et Torcy, si fort humilié en 1704, prenait enfin sa nv vanche. Madame de Maintenon elle-même lui fit des observations, basées sur les mêmes motifs; elle y mit seulement plus de forme, se bornant à lui donner à entendre ce dont les autres ne lui épargnaient pas la dure expression, «r Vous avez grandement raison de laisser dire, lui (c écrivit-elle, pourvu que vattë nayez rien à vous repro- <i ehejr...: car, sachez-le, nous croyons ici la paix de FEs- « pagne avec la Hollande, et telle quelle, aussi nécessaire (c que vous la croyez honteuse à Madrid... Décidez-vous « donc, madame, et ne souffrez pas qu'on dise 911^ vous <i êtes la seule cause de la prolongation de la guerre. Je ne « puis le croire, et trouve fort mauvais qu'on le pense V »

Mais ces avertissements et ces exhortations, donnés avec un tact si délicat, n'eurent pas plus d'eRet à Madrid que la •crudité sévère des réprimandes ministérielles. Louis XIV alors fit entendre sa solennelle voix, cr Signez, dit-il sëche- <c ment à son petit-fils, ou point de secours. Berwick est M en marche pour Barcelone, je le rappellerai ; puis je « ferai ma paix en particulier avec les Hollandais et TEmc( pereur; je laisserai l'Espagne en guerre avec ces deux <i puissances et ne me mêlerai plus en rien de vos affaires, « parce que je ne veux pas, pour l'intérêt particulier de M la princesse des Ursins, difTérer d'assurer le repos de <( mes peuples, et peut-être les plonger dans de nouveaux « malheurs*. »

Quand Louis XIV eut ainsi proféré son dernier mot , Philippe Y fit bien encore quelques réclamations, et la prin- ^^esse des Ursins, de son côté, fit agir ses amis ; mais il n'y

' Lettres de madame des Ursins à madame de Maintenon, t II, p. 4i7, 1 août 1713; t. U, p. 440; 3 septembre 1713; t. Hl, p. 75, 16 juin 1714. — "^ Mém. de Smnt-PInUppe, t. lU, p. 91, et Mém. de DucUUy 1. 1, p. 100.

CHAKTELOLP RESTE A D'AUBIGNY. 5H

eut pas moyen de convertir Louis XIV a ce que demandait la cour de Madrid^ puisque aucun des alliés n*en voulait plus; et, quant à Tacquisition de ces quelques terres du Luxembourg, en échange d'un équivalent en Touraine, il aima mieux n'avoir personnellement rien sur aucune frontière, que de gagner si peu. et de devoir ce faible legs à une intrigue, indigne de son caractère, indigne d'un grand pays, et bonne seulement à servir de texte aux railleries piquantes des étrangers ou à celles de ses propres sujets.

On ne comprend vraiment plus madame des Ui^ins dans toute cette affaire, elle, jusque*là si noble, si portée à la grande politique, si avisée, si pleine de tact. Ohl que nous sommes loin de ces belles paroles : « Sans peine c< je passerais de la dictature à la charrue ! »

11 fallut céder. La paix d'Utrecht fut signée par Philippe V, et sans condition. Le plus net de l'affaire fut pour d'Aubigny : il reçut pour ses peines comme négociateur, et pour sa constance, à un autre titre, le manoir de Chanteloup, révéla le motif de cette construction, encore énigmatique en France pour tout le monde, dit Saint-Simon, s'y installa, et, du reste, s'y fit aimer et estimer ^ Aladame des Lfrsins n'eut pour elle que la confusion d'avoir échoué, confusion d'autant plus grande que ses prétentions avaient été plus hautes et plus tenaces. Elle y gagna aussi d'avoir indisposé contre elle la cour de France, d'avoir refroidi à son endroit madame de Maintenon elle-même, qui jusquelà avait toujours approuvé sa manière d'agir et son système de gouvernement, mais qui alors, saisissant l'occasion de quelques impôts qu'Orry avait établis sur les (catalans, s'empressa de lui écrire très-laconiquement et très-crûment : « Nous trouvons Orry point à sa place et (f l'Espagne assez mal gouvernée*. »

* Mém. de SaintSimou, t. XVMI, p. 104. — ^ LcUres de madame des Ur- «•ins et i\ff madame de Mainlenon, t. TU, p. 448. année 1714.

512 VWOVOS SUR HIIUPPE V ET HâDAHE DES UUSINS.

(/élait là un son de voix, qui dut retentir bien douloureusement dans le cœur de madame des Ursins. Puis arriva Bcr^ick, qui n était plus, comme on sait, de ses amis, Bcrwick, que Louis XIV avait envoyé malgré elle, malgré ce qu'elle disait de Tessé, qui, à l'entendre, n'avait échoué une première fois devant Barcelone que parce qu'il avait été empêché d'en commencer le siège assez tôt. Son crédit, on ne pouvait en douter, avait bien baissé à Versailles, s'il n'était pas tout à fait tombé.

Tremblant pour elle-même, elle s'appuya toujours, naturellement, sur le roi d'Espagne, qui lui était dévoué. Pour que cette planche de salut ne lui échappât point, elle ne laissa entrer auprès de lui que ceux qu'elle voulut; elle régla toutes ses démarches ; elle le garda à huis clos; elle en parut jalouse, tandis qu'elle ne l'était que de sa propre conservation. Les propos, comme on le pense bien, recommencèrent ; c'était la seule arme contre Philippe V. On se remit à dire qu'elle espérait que le roi, à peine âgé de trente-deux ans, ne reculerait pas devant les appâts surannés d'une septuagénaire; qu'il l'épouserait, que cela était certain; et tous les salons du grand monde, principalement en France, retentirent de l'anecdote suivante, que Saint-Simon enregistra tout de suite dans ses Némoires, et où figurait encore, pour plus de piquant ci d'authenticité, le révérend père Robinet. Le roi, assuraiton, avait attiré, un soir, son confesseur dans une embrasure de fenêtre. Celui-ci ayant fait le réservé et le mystérieux, la curiosité de Philippe V avait été éveillée, et il lui avait demande la cause de cet air inaccoutumé qu'il lui trouvait. A cela le père Robinet avait alors répondu, que, puisque le roi l'y forçait, il lui avouerait que personne, en France ni en Espagne, ne doutait qu'il ne fît à madame des Ursins l'honneur de l'épouser. « Moi Pépouserl avait ce dit aussitôt le roi, oh! pour cela, non! » Et il l'avait

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