CHAPITRE XXXIX
LA PRIifCESSE ors VtLSlin ET L*AUB< ALB^BOSI. •
« Cherchez-moi une femme ! » Ce mot fut un coup de foudre pour madame des Ursins, trop habituée à gouverner et à dominer. Où en trouver une, une comme Marie- Louise de Savoie, qui consentît à la garder, dans les mêmes fonctions, et qui eût, comme elle, avec de Tintelligence et de la fermeté d'âme, une confiance sans bornes en sa camerera et une docilité à toute épreuve? Louis XIV, consulté, répondit à son petit-fils qu'il lui donnait à choisir entre une princesse du Portugal, une princesse de Bavière et une princesse de Parme ^ La première était fort du goût des Castillans : ils avaient toujours eu à se louer des reines portugaises*, et ils attachaient à de tels choix des espérances d'unité politique nouvelle pour la péninsule hispanique au profit de la Castille, qui ainsi, par des mariages, absorberait, à gauche, le Portugal, comme elle s'était approprié, à droite, le royaume d'Aragon. Mais la cour du roi de Portugal, du frère de cette princesse, avait été le rendez-vous et l'asile de l'opposition aristocratique et autrichienne : ces antécédents alarmaient madame des Ursins pour elle-même, et ne lui paraissaient pas non plus très-rassurants pour Philippe V. Ne savait-on pas,
* Mém. de Sa'mt-PhUippe, t. UI, p. 115. — » /Mtf., p. 116.
516 AVANTAGES Q(J*0FFRAIT LA PRI^Xl!:SSB DE PARME.
d'un autre côté, que le Portugal, depuis surtout la paix d*Utrecht, depuis que les Bourbons étaient devenus malgré lui possesseurs immuables de TEspagne, craignait ces rois voisins, après les avoir tant aimés autrefois comme ses libérateurs, et qu'à cause de cela il s'était mis sous la protection de l'Angleterre, ennemie de toutes les branches régnantes de cette puissante et ambitieuse maison?
.Un mariage avec la fille de l'électeur de Bavière, d*un allié constant de Louis XIV et de Philippe V, pouvait bien être la récompense et le lien d'une vieille amitié, mais ne devait procurer à l'Espagne aucun dédommagement des sacrifices que lui avait imposés la dernière paix.
La princesse de Parme, comme garantie de sécurité, sinon comme avantage matériel, ne valait pas mieux au premier abord. « Outre qu'elle était issue de double bà- •( tardise,d'un pape par son père, d'une fille naturelle de « Charles-Quint par sa mère, elle était fille d*un petit duc « de Parme et d'une mère tout autrichienne, laquelle « était sœur de l'impératrice douairière, de la reine d*Es- <i pagne douairière, dont on était si mécontent et qu'on « avait fait passer de l'exil de Tolède à la relégation de « Bayonne, et encore de la reine de Portugal, qui avait « déterminé son mari à recevoir l'archiduc à Lisbonne et « à porter la guerre en Espagne. Sous ce rapport ce « n'était pas un parti pour le roi d'Espagne ^ Il était po- « sitif enfin, bien que madame des Ursins l'ignorât, qu'elle a était altière et qu'elle avait été élevée à Parme avec la « même liberté toute française, qui régnait à Turin '. » Mais par son oncle, actuellement duc de Parme, qui n'avait pas d'enfants et n'était plus en âge d'eu avoir, elle était héritière des duchés de Parme, Plaisance et Guas-
talla, et par un autre oncle, le vieux Gaston de Médicis.
< Mém. de SainlSimoi, t. XX, p. 175. ~ < BiH. êecrète de la cour de Madrid, année 1714, o. ')t5.