CELLE-CI ET ELISABETH A SAINT-JEAN-PIED- DE-PORT
« de la princesse des Ursins, ils souhaitaient de la faire a sortir de l'Espagne, dans l'espoir que son absence ren- « drait leur forlune meilleure*; » ce qui \eut dire, pour ce qui est du cardinal del Giudice, que l'Inquisition serait mise à l'abri de tout danger, et qu'il aurait, lui, dans l'État, l'influence nécessaire, pour assurer la conservation de cet auguste corps. <( A cet égards il allégua à la reine « douairière des raisons si fortes, dans le dessein qtCelle a les communiquât à la nouvelle reine^ qu'elles produisirent « l'effet qu'ils en attendaient l'un et l'autre*. L'entrevue « des deux reines dura deux heures, et le cardinal del « Giudice^ quoique absent y ififlua beaucoup, ajoute consé- « quemment le marquis de Saint-Philippe, sur les résolu- « tions qui s y prirent'*. On ne sait pas trop toutefois ce « qu'elles concertèrent ensemble à Saint-Jean-Pied-de- « Port. Ce qu'il y a de certain, c'est que la jeune reine en « partit bien informée du crédit excessif de madame des « Ursins, de sa hauteur dans le commandement, de la (c dureté de ses principes, qui tendaient à éloigner du roi, « dit toujours notre historien, tous ceux qui n'étaient pas « ses amis et ses partisans *. » Sans doute aussi qu'il y fut question de l'insistance qu'avait mise madame des Ursins, et qui avait tant déplu à I>ouis XIV % dans la poursuite de sa principauté ; du mécontentement de madame de Maintenon, qu'elle n'slvait pas consultée personnellement, assurait-on, sur le choix de la nouvelle épouse de Philippe V; de l'outrageant envoi de ce messager, qui aurait pu tout arrêter, de l'espèce de captivité où elle tenait le roi à Mèdina-Cœli, et enfin de l'occasion de la frapper, qui n'avait jamais été plus favorable. Albéroni, qui vit Elisabeth à Pampelune', et qui, le soir^ fut setd avec elky
* Uém. de Smnt'PfiiHppe, t. m, p. 139. » * IMd., p. 140. - '-laid., p. 439. — * /W</., p. 140. — "• Mém. de SamtSimm, t. XXII, p. 155. — * Mém. de Saint-Philippe, t. UI, p. 140.
5'28 ALBÉRONr ET ELISABETH FARiNÊSE A PAMPELU?<E.
la trouva remplie, transportée, irritée de toutes ces idées. <( agitée au possible, dit Saint-Simon, se promenant dans « sa chambre, prononçant de fois à autre des mots entre- « coupés, puis s'échauiTant, laissant échapper le nom de « madame des Ursins, et tout de suite, avec rage : Je la (( chasserai d'abord * ! »
Il était allé à sa rencontre comme résident de Parme ; il V venait aussi comme ami du cardinal del Giudice, comme instrument perfide et mystérieux du saint-otlice contre une personne dont il espérait bien déjà, quoiqu'il ne fût qu'un petit compagnon* ^ recueillir la succession. Qu'on juge s'il dut être enchanté de voir, d'un côté, la reine dans cet état de fureur, de l'autre, la besogne qu'il voulait accomplir, à moitié faite I Désireux de l'affermir dans cette intention, et non de l'en détourner, il prit un moyen qui réussit toujours auprès de l'emportement, et qui, en présence de résolutions, conçues dans la colère et souvent fugitives comme elle, intéresse l'amour-propre à leur exécution. Il se mit à lui faire des observations. « Il s'éa cria aussitôt à la reine, et voulut lui représenter le n danger, la folie, l'inutilité de l'entreprise, dont il était « tout hors de lui^. » Avec une personne du caractère d'Elisabeth, telle qu'il la connaissait, le procédé était sûr. « Taisez-vous sur toutes choses, lui dit-elle, et que ce que « vous avez entendu ne vous échappe jamais. Ne me parlez « point, je sais bien ce que je fais^. Voilà d^ailleurs une « lettre du roi : lisez. » Et Albéroni de l'approuver alors en tout, et de lui dire : a Qu'il était impossible, en efTet, « de souffrir plus longtemps madame des Ursins à la cour; <( qu'elle ne serait jamais tranquille avec cette femme; « que le grand inquisiteur, sa victime ^ était un homme « estimable y éclairé, nécessaire^ et que sa cause était juste*;
' Mém. de Saint-Simon, t. XXU. p. 105. — « /Wd. — i Ibid. — * lind. — 5 Mém. de Saint-Philippe, t. HI, p. 140, 141.