‹ La princesse des UrsinsChapitre 262 sur 278 · ELISABETH ET MADAME DES URSINS A QUADRAQUÉ · texte numérisé non relu

ELISABETH ET MADAME DES URSINS A QUADRAQUÉ

pouvait n'être pas mal informé. Il paraîtrait donc qu'elle était avertie, et néanmoins, soit audace, soit aveuglement, elle voulut tenir bon jusqu*au bout, et elle alla, comme les autres, au-devant d'Elisabeth Farnèse. Ici, nous laisserons parler Saint-Simon, qu'il est si intéressant de lire dans un récit particulier; nous le conlrôlefons seulement çà et là par le témoignage des autres historiens contemporains.

(c Le rendez-vous royal était à Guadalaxara, petite ville, «( située sur la route de Madrid à Burgos, et appartenant « au duc de Flnfantado, qui y avait fait bâtir un panthéon ff aux cordeliers, beaucoup moins grand que TEscurial, « mais sur ce modèle, et ne lui cédant guère en beauté. « C'est dans la chapelle de ce palais que le roi avait résolu « de célébrer son mariage définitif. Madame des Ursins « le fit partir le premier, mais après avoir désigné les « personnes de sa suite et leur avoir ordonné de n'en « laisser approcher qui que ce fût. Elle suivait à quelque « distance, dans son carrosse, et, arrivée à Guadalaxara, « elle s'enferma seule avec le roi, qui ne vit plus per- « sonne jusqu'à son coucher. On était déjà au 22 déc< cembre; les relardements des chemins et de la saison (( avaient conduit jusque-là. Le lendemain, 23, surveille « de Xoêl, elle partit avec une très-légère suite pour aller « à sept lieues plus loin, à une petite villette, nommée a Quadraqué, où la reine devait coucher ce même soir. « C'est là qu'eut lieu le plus terrible désoppointement « qu'elle pût jamais éprouver. Elle trouva la reine arrivée, « elle mit pied à terre en un logis qu'on lui avait préparé, « vis-à-vis et tout prés de celui de la reine. I.lle était ve- « nue en grand habit de cour et parée. lUe ne fit que « se rajuster un peu, et s'en alla chez la reine. Ln froideur « cl la sécheresse de sa réœption la surprirent d'aborf « cxiréincincnt; elle Icsatlribnn à l'embarras de ln reine

CHUTE DE LA PRIffCESSË DES URSINS. 551

(( el tâcha de réchaufTer cette glace. Le monde cependant « s'écoula, par respect, pour les laisser seules. ». Alors la conversation commença. Saint-Simon n'en cite aucune particularité, et se contente de l'apprécier d*une manière générale. Mais le marquis de Saint-Philippe nous apprend que madame des Ursins, usant tout dé suite de la même liberté que lui avait toujours permise Marie-Louise de Savoie, dit à la reine, après les premières révérences, qu'elle arrivait bien tard, dans une nuit si froide, et qu'elle n'était pas mise à la mode ^ Duclos, après avoir parlé dés avis de M. Hocquart, avance que madame des Ursins entra néanmoins avec ateurance, et qu'à sa vue la reine, ne pouvant se contenir, lui dit qu'elle était fort étonnée qu elle osât se présenter; à quoi madame des Ursins répondit, en montrant une lettre du roi*. Une lettre du roi...I Et c'était le roi lui-même, qui, par une lettre aussi, autorisait sa disgrâce I

n La conversation commença donc ; mais la reine ne et laissa pas continuer madame des Ursins. Elle se mit in- H continent sur les reproches qu'elle lui manquait de resa pect par l'habillement avec lequel elle paraissait devant « elle, et par ses manières. Madame des Ursins, dont a l'habit était régulier, et qui, par ses manières non ir- « respectueuses et ses discours propres à ramener la « reine, se croyait bien éloignée de mériter cette sortie de « sa part, fut étrangement surprise et voulut s'excuser. c< Mais, voilà tout aussitôt la reine aux paroles offensantes, « à lui attribuer, ajoute Duclos d'après Filtz-Moritz, la « mort d'un Manuel de Sylva, de Valérie d'Aspetia, du a duc de Médina-Cœli, de la duchesse de Najara, en un a mot, tout ce qui s'était commis depuis qu'elle était en « Espagne'; puis, continue Saint-Simon, à s'écrier, à

* Mém. de Saini-Phiiippe, t. UI, p. ié\. —* Mém de Dncio8, i I, p. 252 — ^ /M , d'après Fillz-MoriU.

« appeler, à demander des oitieiers des gardes , et à corna mander a\ec injures à madame des Ursins de sortir de « sa présence. Elle voulut parler et se défendre des rea proches qu'elle recevait ; la reine, redoublant de furie « et de menaces, se mit à crier quon fit sortir cette foUe « de sa présence et de son logis , et Ten fit mettre dehors c( par les épaules. A l'instant elle appela, non pas Dameft zagua, comme dit Duclos, qui se trompe toujours sur les a noms propres, mais don Antoine Amezaga^, lieutenant a des gardes du corps, qui commandait le détachement (c qui était auprès d'elle, et en même temps Técuyer qui « commandait ses équipages, ordonna au premier d'arré- « ter madame des Ursins, et de ne la point quitter qu'il « ne Teût mise dans un carrosse; au deuxième, de faire (c sur-le-champ venir un carrosse à six chevaux et deux « ou trois valets de pied, de faire partir sur l'heure la « princesse des Ursins vers Burgos etBayonne, et de ne « se point arrêter. Amezaga voulut représenter à la reine c< qu'il n*y avait que le roi d'Espagne qui eût le pouvoir « qu'elle voulait prendre; elle lui demanda fièrement sil « n'avait pas un ordre du roi d'Espagne de lui obéir en « tout, sans réserve et sans représentation, il était vrai c( qu'il l'avait, et qui que ce fût n'en savait rien. »

* Mém. de Satut-Philippe, t. Il, p. 332.

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