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ic traitement ni un pareil mépris. Je vais à Saint-Jean- de- «( Luz me reposer un peu et attendre la volonté du roi. « Je fais bien des vœux pour qu on m'envoie quelqu'un « de la cour à qui je puisse parler à cœur ouvert de l'Es- « pagne et de la France. Je mande aussi cela à Torcy *. » Klle espérait que, avant d'arriver à cet endroit, elle aurait reçu quelque secours du roi d'Espagne, qui était, disait^ elle, trop bon pour la laisser longtemps dans cet état. « Hais rien ne parut, dit Saint-Simon% ni repos, ni vivres, « ni de quoi se déshabiller jusqu'à Saint-Jean-de-Luz. A « mesure qu'elle s'éloignait, que le tempà coulait, qu'il « ne lui venait point de nouvelle, elle comprit qu'elle « n'avait plus d'espérances à former. On peut juger quelle « rage succéda, dans une femme aussi ambitieuse, aussi « accoutumée à régner publiquement, aussi rapidement « et indignement précipitée du faite de la toute-puissance <c par la main qu'elle avait elle-même choisie, pour être le « plus solide appui de la continuation et de la durée de « toute sa grandeur.
« Ses neveux, Lanti et Chalais, qui eurent permission « du roi d'Espagne de l'aller joindre, aclievérent de Tac- <c câbler. Ils lui remirent de la part de ce prince une lettre, H dans laquelle il était dit qu'il était très-fâché de ce qui « était arrivé, mais qu'on n'avait pu résister à la volonté « de la reine. Sa disgrâce n'était donc que trop réelle. c( Elle parut s'y résigner. Elle fut fidèle à elle-même, du « moins devant ses neveux et devant ses gardiens... 11 ne « lui échappa ni larmes, ni regrets, ni reproches, ni la « plus légère faiblesse ; pas une plainte, même du froid c( excessif, du dénûment entier de toutes sortes de be- « soins, des fatigues extrêmes d'un pareil voyage. Les
* Lettres ilc niadaroc des Ursins au maréchal de Villeroi, suivies de lettre» à madame de Maintenon, Lettre du 10 janvier 1715. de Rozelte, }». 222, 225. — a 3Vw. de Saint-SimoH, ibid., t. XXII. p. 157.
ÉCRITE DE SAINT-JEAiVDE-LUTZ. 537
<c deux officiers, qui la gardaient à vue, n'en sortaient « point d'admiration. Entin elle trouva la fin de ses maux fc corporels et de sa garde à vue à Saint-Jean-de-Luz, ou « elle arriva le 1 4 janvier seulement et où elle trouva un « lit, et, d'emprunt, de quoi se déshabiller, se coucher et i< manger. Là elle recouvra sa liberté. Les gardes, leurs « officiers et le carrosse qui Tavait amenée s'en retource nérent ; elle demeura avec sa femme de chambre et ses « neveux. »
Mais ce n'est pas là, comme semble le dire Saint- Simon, qu'elle dépêcha le premier courrier, chargé de lettres pour Louis XIV, pour madame de Maintenon, pour ses amis, ni là qu'elle eut le .loisir de penser à ce qu'elle pouvait attendre de la cour de Versailles, puisqu'elle avait déjà écrit de Rozette. Seulement, elle écrivit de nouveau; elle fit plus, elle envoya son neveu Lanti à Louis XIV, pour lui rendre compte du coup de foudre qu'elle venait d'essuyer, et demanda la permission d'aller elle-même à la cour, pour donner de plus amples détails ^ Eu particulier, elle réitéra ses plaintes à madame de Maintenon : a Oui, (( je me plains, lui disait-elle, d'être traitée, à la face de « l'Europe, avec plus de mépris par la reine d'Espagne « que si j'étais la dernière des misérables, moi pourtant « qui ai été honorée avec succès de la confiance des deux c( plus grands monarques du monde. Et l'on veut me per- « suader que le roi a agi de concert avec une princesse c< qui m'a fait traiter avec tant de cruauté!... J'envoie c< Lanti mon neveu, au roi, pour lui découvrir toute la « cabale. Il vous en fera part aussi, madame; car j'ai trop (( bonne opinion de vous pour soupçonner que vous lui « refusiez votre porte. J'attendrai la volonté du roi à Saint* « Jean-de-Luz, dans une petite maison 06 je suis, sur le
< Mém. de Sotni-Shnon. t. XXII, p. 157 i 165.
« bord de la mer. Je la vois souvent agitée, quelquefois « calme : voilà les cours... Voilà donc le cardinal del Gina dicej lui aussi^ du nombre de mes ennemis^ (elle feignait « d'en être étonnée I ) bien qu*il dise m*avoir eu des obli- « galions, Depuis quatorze ans que j*ai été en Espagne, je <x puis bien avancer, ajoutait-elle, en empruntant le lance gage de Richelieu, qtie je ne m en suis point fait d'autres « 911^ ceux que jai conmis pour l'être de nos deux rois \ » Ainsi, à la (in de sa carrière politique comme au début, elle constatait le double objet de sa mission en Espagne, qui était raffermissement deTun de ces rois, pour arriver à Tunion nécessaire des deux pays, et elle déclarait qu^cUe n'avait eu d autre intention que celle de le remplir. Nous la croyons pour notre compte, et celte opinion nous parait confirmée par tous les faits de son administration. Mais à ce but élevé, et qui était Tesprit même de la guerre de la Succession d'Espagne, elle mêla des réformes pour lesquelles l'Espagne n'était pas encore mure; c'est là ce qui la perdit ou acheva de la perdre. « Notre avis a est, dit le marquis de Saint-Philippe * , que l'orage contre n rpadame des Ursins se forma à Saint-^Jean-Pied-de- « Port. » Or, là, dans cette fameuse entrevue, le grand inquisiteur, on le sait par le même historien, fut l'âme invisible de tout. Qu'en conclure? C'est que, sans oublier les griefs personnels d'Elisabeth Farnese ; sans contester son caractère allier, qui ne pouvait souflrir aucun mentor, et encore moins un mari mené par d'autres que par diemême ; sans mettre de côté sa jalousie de femme peut-être, ni les rancunes du parti d'Orléans, combiné avec le vieux parti autrichien, dont la reine douairière était la personnification et l'agent, madame des Ursins tomba victime de ses attaques contre l'Inquisition, d'un acte inconsidéré,
' Lellres au maréclial de Villeroi, suivies, etc., 20 janvier i715, p. 229. — * Mém, de Saint-Philippe, t. ni, p. 143.
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d'une errcui*, mais d'une erreur honorable et qui sera pour elle, aux yeux de beaucoup, un véritable titre de gloire.
La cour de Versailles n'avait pas approuvé madame des Ursins dans sa campagne contre cette institution antique et populaire, pas plus que dans la poursuite obstinée d'une principauté dans le Luxembourg. Mais ce ne furent pas là les raisons qui portèrent madame de Maintenon et Louis XIV, sinon h concerter sa chute avec la jeune reine, du moins à fermer les yeux, à approuver le dénoûment de la pièce, sinon le nœud et les moyens, en un mot à faire complètement défaut à madame des Ursins. Louis XIV avait pei^u toute sa. famille, et, après lui, sous le prince enfant qui devait lui succéder, sous cette troisième minorité, dont la maison de Bourbon, plus malheureuse que bien- d'autres, allait être ailligée, le duc d'Orléans, qui n'était pas payé pour aimer madame des Ursins, devait être le premier et le plus puissant personnage de l'Etat. Qu'allait devenir la bonne harmonie qu'on désirait de maintenir entre les deux pays, si madame des Ursins, avec le même crédit et le même pouvoir, restait en Espagne? Elle était sans doute assez politique et assez pénétrée des grandes raisons d'État, pour se prêter à un rapprochement indispensable, sincère même et solide. Elle n'était pas la partie offensée, et une réconciliation ne devait coûter aucun saorifice à son amour-propre et à sa tierté. Mais il n'en était pas de même du duc d'Orléans, et l'on ne pouvait espérer, sous la régence, prévue et inévitable, de ce prince, que le gouvernement de Madrid, s'il continuait d'être représenté par madame des Ursins, pût jamais avoir les sympathies de la nouvelle cour de Versailles. Telle est la considération qui régla la conduite de Louis XIV et l'attitude de madame de Maintenon. Personne, mieux que madame des Ursins, ne devait en com-