RÉACTION GÉNÉRALE CONTRE SES RÉFORMES
Tordre de repasser en France, et on ne lui avait donné que quelques heures pour quitter Madrid ; Macanaz s'était enfui à Pau, et les ennemis de ces deux pei*sonnages, qui l'étaient aussi de madame des Ursins, étaient rentrés en faveur; la reine douairière avait été autorisée à aller se fixer en Allemagne, dans sa propre patrie ; le cardinal del Giudice, grand inquisiteur, avait été fait ministre des affoires étrangères, en attendant qu'il fût éliminé par Albéroni; don L. Curiel avait repris sa charge au conseil de Castille, et, dans ce conseil même, on avait supprimé tous les présidents, nommés sous madame des Ursins, pour relever l'excessive et dangereuse puissance d'un président unique et remettre les choses sur l'ancien pied; la même réaction s'était étendue aux tribunaux et au confessionnal du roi, où le père Daubenton était venu exclure le père Robinet, pour être la def de Yoûte de cet édijlice inintelligent de restauration ^ : Elisabeth, en un mot, avait poursuivi et accompli son œuvre. Cela s'appelait bannir de l'Espagne tous les mauvais levains qu')' avaient déposés, pendant la guerre, les Français ou leurs partisans, et rendre Philippe V tout à fait espagnol. Mais le génie non exclusif et plus éclairé de la princesse des Ursins devait inspirer plus d'un successeur de ce prince.
Malgré cela, nous citerons cette lettre de la princesse des Ursins à Orry. Elle est complètement inédite, et il n'est pas sans intérêt d'y voir comme, d'étape en étape, elle se faisait mettre au courant de tout ce qui se passait en Espagne, et quel ton d'autorité, quelle illusion de résistance victorieuse elle conservait, dans Fanéantissement complet de son pouvoir et même de son importance. « Tout nie parait assez confus, dit-elle, on Kspagnc sur « les partis qu'on pourrait prcntirc. On ne me dit rien
« Mém. de Saint-Philippe, t. III, |i. 150, 151, \ÔL ci Samt-Smon, l. XXII. I». 197, 198.
Ô44 SES ILLUSIONS, D*ÂPRâ8 UNE LETTRE INEDITE A ORilT.
« sur la nomination de M. le duc de Sainl-Aignan comme a ambassadeur de France, que votre courrier m'a apprise. « Rien n'est plus surprenant que ce que vous m*avez « mandé par votre lettre du 5 de ce mois. (Celait san$ « doute r annonce de tous les projets réactionnaires de ses <i ennemis.) Il faut prendre patience jti^u'à ce que j aie un « peu démêlé quelque cliose^ et que je sois nUse au fait de a tout ceci. On prétend que la reine douairière suivra de « près le cardinal del Giudice en Espagne. Cette princesse a de plus à cette formidable cabale détruira tout ce que «( vous pourriez faire de bon. Je tâcherai d'y faire faire « réflexion, comme sur tout le reste. Je crois que vous de- « viendriez absolument inutile au roi d'Espagne, si vous « y restiez. C'est pourquoi, monsieur, j> représenterai tout « ce qu*il faudra à cet égard, étant persuadée que, dans « cette rencontre, il faut tout ou rien, et c'est une matière €L d'une assez importante conséquence, pour qu'on y « pense mûrement. Mes trois princes (les enfants de Phic( lippe V) me tiennent bien au cœur, et je m'aperçois <K que les bons Français s'intéressent fort à leur conser- « vation . Je ne suis pas surprise de la quantité d'ingrats « que j'ai faits ; cela retourne à leur honte, et non à la « mienne, et je les méprise trop pour souhaiter de m'en «( venger. En récompense, j*estime fort les honnêtes gens. a C'est par cette raison, monsieur, que vous devez être c( sûr de la considération et de l'amitié sincères que j'ai <x pour vous, dont je vous supplie humblement de ne pas « douter*. »
* Nous deTODS li oonnuissance de cette lettre à l'obligeance de M. Chanvay, libraire, dont le cabinet est si ricbe en autographes.