ENTHEVUE DE SAINT-SIMON
Ibis admise à Versailles, elle pût rester dans cette ville « Non-seulement le roi lui accorda cela, mais encore il déa fendit à rnadame des Ursins de se trouver en pas un lieu « où madame la duchesse de Berry, Madame, M. et ma- « dame la duchesse d'Orléans pourraient se rencontrer, c( lesquels, ajoute Saint-Simon, firent en même temps une (( défense étroite à toutes leurs maisons de ta voir, et de- <( mandèrent la môme chose aux personnes qui leur étaient « particulièrement attachées*. » Ce n'est pas tout : on faisait dire à madame des Ursins, sans toutefois le lui enjoindre, de quitter le royaume. Louis XIV prenait sur lui de faire consentir le gouvernement espagnol à ce qu'elle pût se retirer à Rome, et ses amis la pressaient beaucoup de partir, voyant bien qu'en France, en quelque endroit qu'elle fût, elle serait en butte, de la part d*une maisop à présétit redoutée et ménagée, à toute espèc>e de tracasseries \ c< Aussi ce voyage, remarque le même historien, « dut-il paraître bien différent du dernier qu'elle avait fait « en France, où elle avait paru la reine de la cour. Peu de (( gens, outre ses anciens amis ou ceux de son andetme « cabale^ la vinrent voir, et néanmoins quelques envieux ft s'y mêlèrent, ce qui fit assez de concours les premiers « jours'. »
Saint-Simon (qui le croirait?) voulut aussi la voir, se plaçant à un autre rang que celui des envieux. Pourtant, que n'avait-il pas écrit dans ses notes contre celte femme célèbre, pour qu'on le publiât un jour? De quel fiel n*avait-il pas souvent imbibé son pinceau^ surtout quand cela louchait, de près ou de loin, à la conduite du duc d'Orléans en Espagne? En ce moment peut-être, dans ses papiers, destinés à former tant de volumes piquants, et à régler longtemps, par la liberté môme du style et des
« Mém, de Sami-Simony t. XXll, p. 201. 202. — » Ilnd. p. 254. cl Ici- Ires à Villeroi, p, 255. — "• /Wrf.
KT \)K LA l*niNCESSE DES URS1.NS» A PARIS 547
jugements, l'opinion de tant de gens, n'écrivait-il pas les lignes suivantes : a Je n'avais pu trouver que le duc d'Or- « léansedt tort» dans les défenses qu'il obtenait contre « madame des Ursins. Cette manière d'agir faisait re- « tomber à plomb sur ses artifices tout ce qu'on avait voulu <c lui imputer. Il avait senti qu'il était solidement de son « intérêt, encore plus que d'une faible vengeance, de « montrer par quelque éclat que ce n'était qn^à la haine « et à V artifice de madame des Ursins quil devait celui de « soti affaire d^Espag^ie^ qui avait été si près de Im faire « porter la tête sur réchafaud\ » Nonobstant c^la, Saint- Simon disait en propres termes « qu'il avait toujours été c( Vami particulier de madame des Ursins; que sans doute « il ne mettait pas de proportion de son attachement pour « le duc d'Orléans avec son amitié pour elle, à cause de « certaines marques d'intérêt qu'elle lui avait données « dans son dernier voyage si triomphant; mais qu'il lui « eût été dur de ne la point voir'. »
Que cela lui eût été dur ou non, il voulut faire visite à madame des Ursins. Mais comment' accorder sa curiosité de chroniqueur et d'homme du monde avec son devoir, avec son intérêt de courtisan? Comment satisfaire Tune sans compromettre l'autre, sans s'exposer à mécontenter le duc d'Orléans, au moment où s'ouvraient pour ce prince les plus beaqx horizons de la puissance et de la grandeur? Saint-Simon alla droit a lui. 11 lui fit ses représentations. Le duc d'Orléans entendit raison, « et, dit-il, nous capitu- « lames. M. et madame la duchesse d'Orléans me permi- « rent de voir mi'tdame des Ursins deux fois : une alors, à « Versailles, où elle avait enfin obtenu de venir: Taulre, « quand elle partirait, avec parole que je ne la verrais pas « une troisième fois, et que madame de Saint-Simon ne In
• .Wm. de Saint-Simon, t. XXli, p. aU2. — * INd.. p. Qffî.