‹ La princesse des UrsinsChapitre 3 sur 278 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

NÉCESSITÉ POUTIQOE DE LA GUERRE DE Ul 8DGGES8I0R d'cSPAGXS.

Elle fut bien grande, Finquiélude de Louis XIV et de sa cour, à la nouvelle de la révolution anglicane et libérale de 1688, qui avait rétabli chez les Anglais une royauté protestante, dans la personne du stathouder Guillaume III d'Orange, et fondé un gouvernement constitutionnel. Gagner la faveur de l'Angleterre, ou prévenir du moins son hostilité, avait été le principe constant de la politique française, depuis qu avait éclaté, avec la trop puissante maison d'Autriche, cette lutte fameuse, qui avait pour cause immédiate l'indépendance de la France en danger, et pour but, de plus en plus manifeste et déclaré, Téquilibre européen. L'entrevue du Camp du Drap d'or, les magnificences qu'on y déploya, et qu'inspirèrent la politique autant que la vanité française, démontrent suflisamment l'importance qu'on attachait, dès le début de la

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querelle, à une attitude inoffensive de la part du gouvernement anglais. François I" manqua l'objet de sa démarche et de son empressement. Henri VIII, qui s était d'abord concerté avec lui pour empêcher en Allemagne Télection funeste de Charles Quint, ne resta pas fidèle a ce sage précédent, et répondit au roi de France par un refus auquel peut-être celui-ci était loin de s'attendre. Trop près encore de la guerre de Cent-Ans, et uni par des mariages aux princes autrichiens, il sacrifia aux préjugés de sa nation et à des influences de parenté les mêmes intérêts dont sa candidature à Tempire avait été la reconnaissance formelle. Une susceptibilité excessive, et qui naissait delà position d'un roi d* Angleterre par rapport à un roi de France, vint fortifier ces motifs privés ou nationaux. Le second seulement d'une dynastie bâtarde, et successeur encore obscur de tant de rois vassaux , il ne vit, dans la courtoisie brillante et animée de François r', que l'affabilité majestueuse d'un supérieur, qui veut bien honorer d'un bon accueil son inférieur, et comme un souvenir injurieux d'une ancienne suzeraineté. 11 s'en piqua ; et une question ridicule d'amourpropre, jointe à la visite, plus simple et plus flatteuse, du chef même de l'Empire, acheva de le déterminer en faveur d'une conduite, qui n'était pas seulement une contradiction, mais aussi une trahison réelle envers les grands intérêts de F Europe.

Plus étroitement liée aux princes autrichiens, sous Marie Tudor, autrichienne par sa mère et par son époux, l'Angleterre ne quitta point ce rôle étrange et sans profit pour elle jusqu'au traité de Càteau-Cambrésis, qui termina, en 15t')9, la première rivalité de la France et de la maison d'Autriche. Les embarras, les revers, les succès incomplets de la France, soit dans la guerre, soit surtout dans les négociations, sous Françx)is V et sous Henri H,

vinrent de là : ses efforts n'en étaient que plus héroïques et plus glorieux ; mais elle ne pesait pas assez dans la balance, en présence d'un tiers qui pouvait à chaque instant la mettre entre deux feux, et qui disait avec un juste et' dépitant orgueil : « Qui je défends est maître! »

Les guerres religieuses et l'ambitieuse orthodoxie de Philippe II amenèrent en Angleterre une autre politique et d'autres vues. Associée à la cause des protestants français et aux intérêts de Henri de Navarre, l'Angleterre, sous Elisabeth, cessa d'être inféodée à l'Aulriche. Même après la conversion d'Henri IV, celte reine habile n'abandonna pas son protégé : il n'était plus, à la vérité, le chef des réformés, mais il représentait, dans le catholicisme, et même mieux qu^elle dans le culte adverse, la tolérance et la liberté religieuse, principes essentiels , et souvent oubliés, de la Réforme. Henri IV, dans ses entreprises, indirectes ou en projet, contre l'Espagne, après la paix de Vervins, n'eut donc rien à craindre du rôle d'Elisabeth.

Après elle, sous les Stuarls, parents des Bourbons aussi bien que des derniers Valois, Richelieu, Mazarin, et Louis XIV aussi jusqu'à une certaine époque, jouirent de la même sécurité; ce qui explique, au même degré peutêtre que l'intrépidité des armées françaises et que le génie militaire de leurs chefs, les succès étonnants de la France dans les luttes si longues des champs de bataille ou de la diplomatie. La révolution de 1G88 élevait au trône d'Angleterre le principal antagoniste de Louis XIV; et néanmoins on ne manquait pas de chances pour maintenir encore le gouvernement britannique dans cette utile voie. Guillaume III, quelque fier qu'il pût être de sa nouvelle fortune et de sa puissance, aurait accepté probablement avec la France, non pas une alliance forknelle, qui aurait soulevé les wighs, ses partisans et son soutien, mais la continuation de la paix, premier et impérieux be-

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