OPPOSITION NAISSANTE AU POUVOIR POLITIOUK
l'Espagne, il n'élail pas bon que la royauté se préscnlât aux peuples avec un appareil aussi marqué de formes et de conseillers théocratiques. Tout clérical qu'était le royaume de Philippe V, il s*y était néanmoins formé un noyau de libres penseurs, qui n'étaient nullement partisans du pouvoir politique des évéques, de la réunion des charges temporelles aux titres spirituels ; qui mOmc voyaient avec peine la loi civile punir des crimes religieux, et par conséquent désapprouvaient l'Inquisition. Ces hommes éclairés devaient laisser des disciples nombreux, qui plus tard chasseraient les jésuites et feraient une révolution libérale ; mais alors ils avaient nécessairement la timidité d'un parti qui commence et que seconde peu encore le progrés des idées. Ils comptaient parmi eux des publicistes, comme Campillo, qui avait déposé quelquesunes de ses idées dans deux brochures significatives : ï Espagne réveillée et Ce qu'il y a de plus ou de moins en Espagne, et Macanaz, auteur des Moyens pour bien gouverner une monarchie catholique, et que nous verrons, dans la suite, attaquer de front l'Inquisition ; il y avait aussi des moines, tels que le savant bénédictin Feyjoo, auteur d'un ouvrage considérable et qui fit grand bruit : le Théâtre des erreurs communes^. On y voyait également des hommes d*Êtat, et Ton pense bien que les Français, qui avaient suivi en Espagne Philippe V ou madame des Ursins, d'Aubigny, Despennes, Vazet, La Roche, Louville, n'étaient pas les derniei's dans les rangs de cette opposition naissante. Louville surtout, à qui sa charge d*intendant de la maison française du roi donnait une assez grande autorité, était mordant et railleur à l'excès. 11 ne se gênait pas pour dire qu'il y avait trop de prêtres dans les emplois : a Prêtre au Mexique, disait-il, pour le gouverner; prêtre
, • W. Coïc, les DoHrbom d'Espagne, I. IV, p. 300.