‹ La princesse des UrsinsChapitre 35 sur 278 · ET L'AMIRANTE DE CASTILLE · texte numérisé non relu

ET L'AMIRANTE DE CASTILLE

carrero» auprès desquels intercédaient les membres de sa famille. Mais la princesse des Ursins, forte de Fappui de Montellano, ne pourrait-elle pas peul-ôtre passer outre? 11 le craignit, et aussitôt, pour échapper au coup qui le menaçait, dit le marquis de Saint-Philippe S il remit sur le tapis son ambassade de France, qu il avait toujours rejetée assez loin sans toutefois la refuser, et il déclara qu'il partirait pour Paris. Il demanda à Portocarrero ses lettres de créance et ses instructions, comme s*il avait réellement Tintention de se rendre à son poste, et, pour mieux donner le change, il pria la reine de vouloir bien le charger d*une lettre pour sa sœur, la duchesse de Bourgogne*. En outre, il présenta, pour composer sa suite, des personnes dont on n'avait pas encore eu à se plaindre : son neveu, don Pascal-Henriquez de Cabrera, le comte de la Corzana et deux jésuites, les pères Casneri et Cienfuegos. Portocarrero avait parlé le premier de cette ambassade de Paris : il la signalait comme le meilleur moyen de se débarrasser de ce seigneur, sans trop irriter ses nombreux et redoutables parents. 11 adhéra donc à ses désirs, et TAmirante fit aussitôt ses préparatifs de départ; il ne confia son véritable dessein qu a Mendoza, ambassadeur de Portugal à Madrid, c est-à-dire a Tagent d'une puissance, prête à rompre avec Philippe V, après un semblant d'alliance avec lui.

11 s'en fallait que la princesse des Ursins fût contente. Elle se doutait de quelque piège de la part d'un seigneur qui n'ignorait pas que, à Paris, peut-être, il aurait moins encore de sécurité qu'en Espagne. Elle voulut s'assurer au moins qu'il irait en France, et, pour cela, elle pria le chevalier du Bourk, colonel irlandais, de faire route avec lui, sous prétexte d'aller remplir une mission à la cour

* Mém, de Saini-Pliilippe, t. I, p. 195. — * Fillz-llorili, Vtr. H des Mém. tuf r Espagne, k la suite de ses Lettres.

ilC U PRINCESSE DES URSINS

de Versailles. C'est ce que nous disent positivement les mémoires, très-curieux, sur l'Espagne, publiés par Fillz- Moritz, à la suile de ses lettres, et composés par un ennemi juré de madame des Ursins '. Mais le rusé sei* gneur prit ses mesures pour dérouter un compagnon de voyage si incommode. Il laissa à Madrid quelques papiers officiels, et chargea un courrier de venir les lui remettre à un de ses châteaux, où, en passant, il devait s'arrêter. Ces papiers lui furent apportés en effet, il les prit, il fit semblant de les lire, il les présenta, devant ceux de sa suite et devant le chevalier du Bourk, cx)mme des dépêches de la cour, et déclara qu'on lui envoyait un contreordre. Sans s'expliquer davantage, il se remit en route, toujoure avec les mêmes gens, sans que personne se doutât que ce prétendu contre-ordre fut un changement de destination. Mais, arrivé à Tordésillas, là où le chemin se bifurquait, d'un côté vers la France, de lautre vers le Portugal : a Messieurs, dit-il, la reine m'ordonne d'aller « en Portugal pour raffermir le roi de ce pays dans « Talliance qu'il vient de contracter avec l'Espagne. » Tout son personnel, en entendant ces paroles, le suivit sans rien dire, laissant, au point de jonction des deux routes, le chevalier du Bourk, surpris et confondu. Celui-ci aussitôt d'envoyer en toute hâte prévenir la princesse des Ursins de ce qui était arrivé. La princesse des Ursins, de son côté, courut dire au président de Castille et à la junte de régence, dont faisait partie Portocarrero, ce qui se passait. Ni l'un ni l'autre n'en voulurent rien croire. Ils attendirent les courriers ordinaires et ne purent ainsi songer à arrêter l'Amirante dans sa marche que lorsqu'il n'était plus temps*. Parti le 13 septembre 1702, l'Ami-

1 Fiu-Moritz, lir. H des Mém, sur tEspagnet à la suite de ses LcUres. — Màn de NoaiileSf l. II, p. 316.

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