ET L'AMIRANTE DE CASTILLE
rante arriva, vers la fin de ce mois, à Lisbonne, où tout était préparé pour le recevoir*.
Nul doute que, avec plus de pouvoir et de liberté d'action, la princesse des Ursins n'eût moins ménagé TAmirante, qu'elle avait pénétré peut-être la première, et n'eût poussé davantage à son arrestation. Renfermée encore dans un rôle subalterne, elle dut laisser agir Portocarrero -et son confrère don Arias ; elle employa seulement contre lui diverses mesures, destinées à le compromettre ou à épier ses pas, et abandonna à ceux qui tenaient, en première ligne, les rênes de FEtat la responsabilité du reste. Mais elle avait eu, dans cette affaire, et jusqu'aux limites <]ue l'Amirante ne pouvait franchir sans être infidèle , le mérite d'une surveillance qui découvrait tous ses progrès vers la trahison. Ces deux ministres, au contraire, n'avaient montré que de la pusillanimité ; ils irritaient «ux-mêmes, par leur politique exclusive et acerbe , une aristocratie déjà mal disposée ; et, quand ils voyaient des symptômes manifestes d une conspiration ou d'une tra* bison prochaine, ils n'osaient frapper un grand coup ; ils préféraient des atermoiements, qui encourageaient, à des actes de vigueur, qui auraient pu prévenir. Même après la fuite de l'Amirante au milieu des Portugais , ils n'osèrent lui infliger le dernier stigmate du déshonneur. On lui fit son procès, on le déclara rebelle, on le condamna à mort ' ; mais, quand il fallut l'exécuter en effigie, ils conseillèrent au roi de ne pas aller jusque-là, d'épargner <:ette ignominie à une famille illustre, qui lui tiendrait compte de cette grâce, et de se borner à confisquer ses biens. Ce n'est pas le marquis de Saint-Philippe qui nous l'apprend : il se tait sur la sentence capitale, comme pour
« Fillx-Morili, IV livre, et Mém. de Saint-PhUippey p. 199. — «V^^ ^^ yoaille», l. !ll, p. 77.
ne pas transmettre lui-même cette flétrissure à la postérité. C'est le maréchal de Tcssé qui nous le dit, dans une lettre inédite à Louis XIV, où il parle d'un autre seigneur, qu'on n'avait pas gagné non plus en le ménageant, et blâme les égards qu'on avait eus, malgré la consommation du crime, pour la famille de l'Amirante ^
On crut balancer le mauvais efiet de sa conduite par le spectacle de la fidélité de son neveu, don Pascal-Henriqucz, qui, ne pouvant douter, à Lisbonne, des mauvais desseins de son oncle, rentra vite en Espagne, fut comblé de bontés par la reine, et reçut de son père, le marquis d'Alcanizas, une lettre touchante de félicitations, qu'on fit circuler en tous lieux '. Mais ce contraste d'un jeune homme de dix-huit ans, qui attachait ce ruban d'honneur aux commencements de sa carrière, avec un vieillard, qui flétrissait par la trahison la fin de la sienne, toucha moins les grands que la fuite heureuse de l'Amirante ne les enhardit. Les ministres n'eurent que la confusion de l'avoir laissé échapper de leurs mains, d'avoir en quelque sorte procuré eux-mêmes aux ennemis un guide, un moyen sûr d'utiles intelligences, un commandant habile de leur cavalerie, quand ils auraient pu l'arrêter et le punir.
L'inutilité de leurs ménagements envers ce seigneur dangereux ne les corrigea pas. Un autre grand, le marquis de Léganez, celui dont le maréchal de Tessé parlait^ dans sa lettre à Louis XIV, et dont l'Amirante lui même avait promis le concours aux étrangers, dans la plus belle province de l'Espagne, faisait tout ce qu'il voulait, sans qu'on le molestât en rien. Le cardinal Portocarrero le protégeait même visiblement, ainsi que l'en accuse' le comte de Mar-
I Dépôt de 11 gaerre, n*\SBô, t HI, 1705, i5 juin, Ici. CCVU*. — * Mém. de Saint-Philippe, t. I, p. 199, el LeUres de Filtz-Moritz. Il' litre des Mém. d'un grand d'Espagne. — * Dépôt de la guerre, 1702, n» 1598. Ict. CH', du \0 mars.