ET L'ARCHEVÊQUE DON ARIAS
noncèrent tous pour ce dernier, et, nommant spécialement D. Manuel Arias, il ajoute que ce prélat fut également de cet avis. Mais il eût été plus exact de dire qu*Arias se déclara pour la France de préférence à TAutriche; car le prince, pour lequel il parla dans cette réunion, n'était pas le Dauphin, mais bien le duc d'Orléans : « il soutenait, dit M. de Maudave, ce qui était très-vrai- '< semblable, que ce choix n'exciterait pas autant la ja- « lousie des puissances maritimes, parce qu'on craindrait (( moins alors une union étroite entre les deux monarchies « de France et d'Espagne, et que le danger de voir les « deux couronnes sur une même tête en serait plus «éloigné*. » Fiitz-Moritz, ou plutôt le comte de las Batuecas, au nom duquel il parle, et qui était ut> orléaniste espagnol émigré, en môme temps qu'un grand d'Espagne, fait à peu près le même raisonnement. 11 ne tait qu'une chose, c'est que « la renonciation d'Anne « d'Autriche, aïeule du duc d'Orléans, fut acceptée solen- « nellement par les Cortès et enregistrée dans tous lés « tribunaux, formalité essentielle, dont Philippe IV n'a- « vait pas voulu que fussent revêtues les renonciations « de sa fille Marie-Thérèse et de son gendre Louis XIV*.» Il assure même, « que don Arias, comme plusieurs autres « Espagnols, s'étaient attachés au duc d'Orléans, sans « l'avoir peut-être jamais vu, sans rien devoir à sa pro- « tection, et que c'est ce prélat, qui plus tard, au milieu des « malheurs de l'Espagne, lui dit que les Espagnols méri- « taient son bienveillant intérêt '. » Ce qui signifie qu'il l'encouragea dans des desseins qui ne firent malheureusement que trop de bruit.
On conçoit alors pourquoi, tout en élevant à la présidence du conseil de Castille ce possesseur ambitieux du
• Mém. de Saini-Philippe, t. T, p. 25. — • Ibid., p. 26. — ' Lettres de FiUz-Morils à un rainUtre d'État anglais, p. 111, 116, 117, IV' lettre.
150 U PRINCESSE DES UUSINS
second siège épiscopal de TEspagnc, on ne h lui donna qu'à litre provisoire : on voulait l'éprouver, ou le tenir, par l'appât d'une nomination définitive. Nous avons vu. en efiet, dans les lettres de Louville, qu'il soupira toujours après cela, et que cette tactique, à son égard, eut un plein succès. On s'explique aussi son empressement infatigable envers les Français de Philippe V : il voulait faire oublier à ce roi son inclination pour le duc d'Orléans. Mais il eut beau s'évertuer en leur faveur, Philippe n'aima guère jaipais un homme rallié, plutôt qu'attaché toujours à sa cause. U le ménagea seulement, tant qu'il le craignit, en se laissant toutefois le moyen de le renvoyer. Quant à Louis XIV, qui était si désireux de fixer la couronne d'Espagne dans sa branche, il ne dut pas le voir non plus de très-bon œil. Ainsi madame des Ursins, en frappant d'abord sur lui, était sûre de n'encourir le mécontentement d'aucun de ces rois : elle connaissait trop à fond leurs plus intimes pensées, et le comte de las Batuecas, qui ajoute aussitôt, dans les Lettres de Filt%- Moritz^ que la vraie cause de la chute de don Arias faisait son principal mérite \ fortifie lui-même notre jugement, en confirmant ses propres révélations. Toujours est-il qu'il ne manqua rien à sa disgrâce, arrivée en 1704 : ordre du roi, défense du pape, tout y fut. Sa chute était consommée et ne pouvait être plus complète. Presque tout le monde applaudit à l'éloignement d'un homme qui était le plus ardent fauteur de l'omnipotence française, surtout quand on en connut les suites. Le duc de Montellano, en eflet, était nommé président du conseil de Castille et membre du Despacho *, à la place de don Arias. Patronné par madame des Ursins, aimé de la reine et du roi, qui goûtaient ses idées moins exclusives et plus
> LeUrc8 de FUlz-Moritx à un minislrc d'ÉUil anglnis, p. 11i, 416, 117, IV- leUre. — * Mém. de NoaiUei, t. II, p. 248.