ET L'ARCHEVÊQUE DON ARIAS
saines, ce seigneur était désigné d'avance pour ces hauts emplois. Avec lui, comme on le désirait, était sécularisé ce grand conseil ; avec lui aussi était réhabilité la race espagnole, trop écartée par les Français, race intelligente, quoi qu'on en pût dire, et qui, justement rappelée auprès du roi, allait reprendre enfin la direction des affaires du pays. l^es plus vexés dans tout cela furent les Français : en criant contre le gouvernement par les prêtres, ils avaient crié contre eux-mêmes, puisqu'ils n'avaient pas de meilleurs appuis que Portocarrero et surtout Arias. Louville avait parlé au nom des Français comme au sien propre, quand, dès 1 701 , il avait écrit à M . de T<Jrcy : « De grâce, <r monseigneur, songez, à loisir, à faire choix d'un bon a président de Castille, qui soit marié, qui ait des en- «t fants, qu'on puisse tenir et gagner par là, qui soit « bien intentionné, d'un esprit doux et liant, mais qui « n'ait pas d'horreur pour la France. Rien n'est si « important dans la conjoncture présente ^ » Le duc de Montellano remplissait la plupart de ces conditions; mais il voulait réduire la puissance des Français, leur permettre de conseiller, de diriger même, dans une certaine mesure, non de dominer en maîtres, leur laisser du crédit, beaucoup de crédit, mais détruire le despotisme qu'ils exerçaient en Espagne : à ce compte, ce n'était pas rhomme de Louville ni des autres Français; car les tenir ainsi en bride, c'était précisément ce qu'ils appelaient avoir de l'horreur pour le nom français. A partir de ce moment, Portocarrero devint leur idole. Auparavant, ils lui reprochaient, ainsi qu'à Arias même (qui l'aurait cru?), d'avoir cherché parfois, dans une pensée de domination égoïste, à soustraire le roi à leur tutelle'. Mais ce triomphe de Montellano leur fit
* 9ém. de NoaiUeê, t. H, p. 248. Même lettre du 5 août. — > Louville, lettre du 4 août i Torcy, dans les Mém. de Noailles, t. U, p. 127.
ouvrir les yeux, et ils oublièrent vite leur antipathie pour ces prêtres-ministres. « Les Français, hélas I n'étaient encore que trop puissants, » nous dit le marquis de Saint- Philippe.
Que conclurons-nous de tout ce qui précède? c'est que la princesse des Ursins, hardi et iidèle instrument des idées de M . de Torcy et de Louis XIV, inaugurait en Espagne, non pas une politique d'exclusion en sens inverse, mais une politique de rapprochement et de conciliation, entre les Français, qui succédaient aux Autrichiens, et les Espagnols, qui étaient tombés sous le pouvoir de ceux qu'ils avaient si longtemps combattus, si longtemps surpassés^ en Europe, et toujours détestés.