‹ La princesse des UrsinsChapitre 44 sur 278 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

fUYAUTÉ DE rOBTOCAVRBnO ET DD CARDITIAL D'eSTRIbS. — CONDUITE DE MADAME

DBS URSntS.

11 fie manquait qu'une chose à Tédifice qu'élevait madame des Ursins dans l'intérêt commun des deux nations; c est que Portocarrero fiit remercié à son tour, ou s'exécutât de lui-même. Mais, quelque disposée qu'elle fût à tout sacrifier à la raison d'État, surtout quand sa propre ambition y trouvait son compte, il était permis de penser qu'elle hésiterait à se mesurer avec un homme qui régnait à la fois dans l'Église et dans l'État, et à qui Philippe V devait son trône, et elle-même sa position. Rien n'arrêta l'audacieuse intendante : elle avait l'assentiment secret de la cour de Versailles, et, avec cela, secondée, excitée par le duc de Montellano et par Orry, elle osa tout contre le cardinal. Mais c'était comme une forte citadelle dont il fallait faire le siège en règle, et l'on ne pouvait espérer d'en venir à bout que par des coups successifs. Orry se mit le premier en campagne, et, trouvant un appui dans un adroit et sévère Flamand, le comte de Bergueick, qui partageait avec lui l'administration financière de l'Espagne, il fit d'abord Ater au cardinal l'inspection sur les finances. Quant à Montellano, il se posa toujours comme sou égal en autorité, et Portocarrero dut se résigner à ne gouverner que concurremment avei

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lui, à voir le plus souvent les avis de ce nouveau ministre prévaloir sur les siens dans le Despacho^ et à ne plus personnifier la pensée intime du roi; souvent même Philippe V ne s'inquiétait plus de sa manière de voir, et appe^lait son rival pour le consulter en particulier ^ Il faisait triste figure dans le Despacho, nous dit le duc de Saint- Simon, et tout s'arrangeait pour qu'il regardât comme une question de dignité de ne plus y assister. Madame des Ursins alla même, s'il faut en croire cet historien, trèsfidèle à enregistrer tout ce qui peut donner du piquant à ses récits, jusqu'à lui créer parfois une impossibilité de s'y rendre, en faisant tenir ce conseil à dix heures du soir, c'est-à-dire à une heure où il ne pouvait s'y rendre, sans s'exposer à prendre sur son repos un temps trop considérable et qui était au-dessus des forces de son âge*. C'était là un procédé dur, impitoyable, mais qui ne rebuta point l'ambition tenace du cardinal. Madame des Ursins essaya du ridicule, en le faisant nommer, malgré son caractère ecclésiastique, capitaine des gardes, à la place de Castanaga, ex-gouverneur des Pays-Bas, qui venait de mourir'; cette arme ne fut pas plus offensive que les autres : elle vint s'émousser contre une volonté de fer, que ni les affronts, ni les outrages, ni la dérision ne pouvaient ébranler. ,

Pourtant, quelle que fût son obstination à rester là où l'on ne voulait plus de lui, il n'était pas moins vrai qu*il n'était que l'ombre de lui-même; et quel moyen avait-il de se relever? H en trouva un, auquel on ne s'attendait pas, et qui était un démenti donné à tout son passé; ce fut de se montrer plus antifrançais que madame des Ursins et que Montellano lui-même, et de le faire contre un personnage et dans des circonstances qui pouvaient donnera

* Mém. de Saint-Philippe, t. I, p. 211. - * Mém. de Saint-Simon, t. IV, p. 75- — ' /Wrf., p 60

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