‹ La princesse des UrsinsChapitre 51 sur 278 · ET LE CARDINAL D'ESTUÉES · texte numérisé non relu

ET LE CARDINAL D'ESTUÉES

pour récompenser ou multiplier ses créatures. Un gentilhomme, du nom de Ménessés, lui avait donné 4,000 pistoles pour avoir un gouvernement dans les Indes; Tabbé d'Estrées Taffirmait, et le cardinal aussi, d'après lui. Le père Daubenton, il est vrai, « devait aller laver la tète à « ce dernier, et lui faire honte d'engager ainsi son oncle « dans une telle calomnie, » disait d'Aubigny, au nom de madame des Ursins, dans deux lettres très-curieuses à Orry^]tfais rien n'était plus certain, répétait partout Tabbé d'Eslrées, et madame des Ursins avait fait profiter Orry de ce riche pot-de-vinK Comme elle n'était pas encore aussi puissante* qu'elle le fut plus lard, n* avait-elle pas imaginé, ajoutait-on, de donner au roi, pour maître de fortifications, d'Aubigny lui-même, afin de Tinformer de ce qu'elle ne pouvait lui dire, faute d'en avoir l'occasion ou le temps? Les leçons de d'Aubigny se donnaient de deux heures à trois heures, pendant que la reine faisait la sieste, chose à laquelle Philippe V n'avait pu s'habituer. Dans les deux lettres déjà citées, d'Aubigny répondait à cela : il disait que la sieste de la reine commençait à une heure, que par conséquent madame dés Ursins était libre tous les jours, une heure avant la leçon de fortifications, et n'avait pas besoin de lui ni de son nouveau métier pour dire au roi tout ce qu'elle voulait*. iNéanmoins MM. d'Estrées comptaient beaucoup sur l'eiTet de ces diverses allégations, ^d'Aubigny constatait leur attitude présomptueuse et tiére, en ajoutant à la fin de sa seconde lettre : « Ces « messieurs ont pris un vol depuis quelques jours dont ff on ne comprend pas le ressort. L*abbé dit qu'il n'a plus « besoin de personne, que M. le cardinal est le pot de fer cr qui écrasera tous les pots de terre, et prédit malheur à « qui sera dans sa disgrâce'. » )lais d'Aubigny regardait

* Dépôl de la guerre, n- 1695, 1705, C cl CI- Ictirc, 22 cl 27 juin. —

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CCS menaces comme une fanfaronnade, et s*cn riait plus qu*il ne s'en eiTrayait. a Si cette prophétie doit être \raie, « disait-il, il faut songer à battre en retraite et à quitter « un joug d'ailleurs insupportable: mais je ci'ois, pour « moi, qu'ils Font prise dans Nostradamus*. »

Peu s'en fallut pourtant que la présomption ne ftît de son côté plutôt que du leur. Torcy avait changé: il était contre madame des Ursins, et ne lui écrivait que des dureiés. La maréchale de Noailles elle-même la délaissait et lui envoyait des lettres extrêmement pénibles, a Elles me font mourir, vos lettres, à petit feu, » lui répondait madame des Ursins. La maréchale n'en prenait pas plus sa défense pour cela, et, bien que madame des Ursins fût sa parente, elle la sacrifiait à un ambassadeur qui n'était que son allié. Certaines adresses des villes d'Espagne en faveur de madame des Ursins la peignaient sous les traits d'une héroïne, d'une nouvelle Judith ; mais, aux yeux de ses ennemis, cette comparaison pompeuse du peuple espagnol jetait du ridicule sur elle, au lieu de lui faire du bien. Le vent semblait souffler loujours pour MM. d'Estrées, pour ceux qui représentaient le parti ultra-français, et non pour le parti moins exclusif et alors plus espagnol de madame des Ursins. Chamillard, en renvoyant Orry i\ Madrid, dans les premiers jours de juillet 1703, lui recommandait de ne pas trop se mettre du côté de l'Espagne, ce qui voulait dire qu'il ne fallait pas trop indisposer le car-

* Dé|)ôt de la guerre. — On sait combien sont rares les lettres de ce favori de madame des Ursins. Les deux, que nous citons, sont les seules qui se trouvent au dépôt de la guerre. Mous les avons communi4|uécs a M. Gcffroir, avec celles que la princesse des Ursins adressa à Cliaroillard et à d'autres ministres français. On pourra les lire dans son Recueil. !/écriturc de ces dcut lettres de d'Aubigny est celle de presque toutes les lettres originales de madame des Urbins que nous avons pu voir. Du reste, nous avons donné k M. Gcffroy un fitcsimile de l'écriture de l'un et de l'autre, qu'il reprodu'ra sans doute.

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