ET LE CARDINAL D'ESTRÉES
dînai et Tabbé d'Estrées\ Il ajoutait en même temps quil le défendrait de son mieux, mais dans ce parti-là, montrant bien par ces paroles qu'il n'était guère non plus pour madame des Ursins, quoiqu'il fût l'ami particulier d'Orry. Une chose plus inquiétante encore, et qui devait encourager beaucoup la faction d'Estrées, c'est que Louville, dans ses lettres, ou plutôt dans ses diatribe-s, adressées à Torcy, osait, non pas seulement attaquer madame des Ursins, mais encore peindre sous les couleurs les plus défavorables la jeune reme qui la protégeait, sans que le ministère français lui dit de cesser ses discours outrageanls. La reine, à ses yeux, n'était qu'une personne fausse^ avare, dune présomption et d'une ambition démesurée, malfaisantey dissimulée à F excès.
Ce portrait était injuste autant que passionné. On savait, sans doute, que cette princesse avait été élevée par son père, le duc de Savoie, dans la haine du nom français et dans l'amour égoïste de sa maison*. Mais, depuis qu'elle était sur le trône d'Espagne, elle n'avait donné aucune preuve de cette antipathie originelle contre la nation de laquelle sortait son époux. Ceux qu'elle aima le phis pendant tout son règne furent môme des Français, le comte de Marsin, Orry, le maréchal de Tessé, le maréchal de Vendôme, et madame des Ursins par-dessus tout. Jamais, dans tous* les cas, on ne put lui faire le reproche que Louis XIV eut à adresser à la mémoire de la duchesse de Bourgogne, sa sœur aînée, lorsque, en lisant ses papiei"s, après sa mort, il découvrit ses intelligences avec le duc de Savoie, et s'écria tristement : « La petite co- -quine, elle nous trompait'!...» Néanmoins Louville la présentait comme la personne la plus dangereuse qu'il y
• WpM de la Rticrre, n» 1696. UV Icllrc, 1 1 juillet 1705.— ■ Mém. de Tes9é, 4. 1. — s Mém. i/c Noailles, t. IV.
i5Û LA PRINCESSE DES URSINS ET LE GABDIMAL D'ESTRÉES.
eût au monde pour la France et pour les Français \ et, au lieu de Tarrèter, dans celte profusion d'injures, on lui répondait, de Paris, qu'il n'avait qu'à continuer, qu'à transmettre toujours ainsi au gouvernement ses jugements et ses pensées.
Le roi d'Espagne n'était pas plus épargné ; mais Louville était plus vrai sur son compte, même quand il disait qu'il faudrait que quelqu'un assistât à ses lettres, parce que les plus fermes, pensait-il, étaient précisément celles qui lui appartenaient le moins, et qui émanaient de madame des Ûrsins*. 11 est certain que celle du 14 août 1703, entre autres, soit par le style, soit par les personnages qui y sont mentionnés, nous a paru trahir la main de cette adroite princesse. Deux grandes dames espagnoles, dont la pi*emière étail-la nièce de Portocarrero, la comtesse dePalma et la marquise de Carpio, se servaient du cardinal d'Estrées pour perdre madame des Ursins. C'est Philippe V qui dévoilait leurs intrigues à Louis XIV, et la défense de madame des Ursins contre les coups de ses rivales était présentée habilement sous le nom d'un témoin plus impar< tial et plus digne de foi; mais la rédaction était d'elle. On y trouvait d'ailleurs l'argument qu'emploiera souvent madame des Ui^ins, pour ébranler le crédit de ses enne^ mis, et qu'on peut appeler la preuve par présomption. Il consistait à dire à ceux qu'elle prenait pour juges, d'appeler ses ennemis et de les faire parler devant eux, leur certifiant qu'ils penseraient comme elle, après les avoir entendus. « Le cardinal d'Estrées n'est assurément pas ca- « pable de me servir, disait Philippe V à Louis XIV ; vom « en jugerez, quand vous r entendrez '\., »
* Mém. de yoailles, L UI, Lellre de Louville a Torcy, p. 136, 15 août 1703. — * INd., t. m, lettre de Louville k Torcy, p. 138, 139, el Mém. de lunwiUe liii>i)icMiic, t. n. p. 90. — ' Ibid., t. 111, p. 133 Philippe Y i louis \1V, 14 août 1703