CONDUITE ÉQUIVOQUE DU P. DAUBENTON
Kous croyons que la recommandation de ce genre de preuve, que cette manière déjuger quelqu'un d'après le ton de sa conversation, d'après ces nuances, souvent imperceptibles, de la parole, par où l'on se révèle, sans le vouloir, à des yeux exercés, exigeait plus d'âge et de capacité que n'en avait le roi d'Espagne. Ce procédé n'appartient qu'à des gens habiles, expérimentés et profonds. Philippe V avait signé le travail d'autrui et non le sien. Mais il n'en épousait pas moins avec chaleur la cause de madame des Ursins, et c'est avec la plus grande sincérité que, dans une dernière lettre, signée aussi par la reine, il dit à Louis XIV que si, pour conserver sa couronne, il devait se résigner à avoir toujours pour ministre le cardinal d'Estrées, il ne savait ce qu'il choisirait de préférence'. Cette marque énergique de l'aversion du roi et de la reine d'Espagne pour cet ambassadeur fit impression sur Louis XIV, et détruisit presque tout l'effet des accusations de Louville. La princesse des Ursins parut être raffermie, et il fallait bien qu'il en fut ainsi, pour que l'abbé d'Estrées crût prudent de se séparer de son oncle, dans la crainte de périr avec lui. A cela se joignit le rôle occulte du père Uaubenton.
U y a deux lettres autographes de ce confesseur du roi à Chamillard, ou au comte de Marsin, aux archives historiques du Dépôt de la guerre, année 1703, date commune du 23 janvier. Il annonce que la cour est toujours divisée en deux camps, d'un côté Leurs Majestés et madame des Ursins, de l'autre le cardinal d Estrées et Ix)uville; mais, pour lui, dit-il, il tâche de bien vivre avec tout le monde, parce que la neutralité convient à son caractère*. Mais sait-on comment ce bon père entendait le bien
« Mém. de 1/mvïlle, t. III, p. 135. iniilippe V à Louis XIV. 14 août 1705. - * Dûpôt de la guerre, 1703, XCIV el XCV' lellre, 23 janvier.
i:.2 LA PRINCESSE DES URSINS
vivre avec tout le monde? Il agissait auprès du père la Chaise, confesseur de Louis XIV, pour madame des Ursins, et, dans une de ses lettres, il affirmait que le grand crédit de celte dame était nécessaire au service des deux rois ^ ; à Madrid, au contraire, par condescendance pour le cardinal d'Esirées, il disait secrètement, selon ce qu'écrivait Louville, le diable de la princesse^ et de la reine, et du roi, et d*Orry , et de tout le monde*. Chacun le croyait de son parti; en réalité, personne, en Espagne, ne connaissait sa véritable manière de voir. Il ne put pas longtemps toutefois jouer ce jeu. On découvrit sa duplicité, et le roi de France, sur les instances de Philippe V et en général de tout le monde, amis et ennemis, ne tarda point à lui ôter le confessionnal du roi : mais, en attendant de frapper ce coup, Louis XIV ajouta plus de foi aux lettres confidentielles de Daubenton au père la Chaise, c'est-à-dire à un confrère, qu'aux propos complaisants qu'il tenait à MM. d'Estrées, à Madrid. En conséquence, vers le mois de septembre de la même année, il rappela le cardinal, que suivirent de près en France Valouze, écuyer du roi, la Roche, chef de l'estampille, le chambellan Hersent, Louville lui-même, eu un mot presque toute la maison française de Philippe V.
« Dépôt de la guerre. 1703, XCIV cl XCV» lettre, 23 janvier. — - Lellie de T.oiivillc à Torcy, 13 août 1703, dans les Mém» de yoailleSf p. 133