‹ La princesse des UrsinsChapitre 55 sur 278 · PREMIER DUC DE FITZ-JAMES · texte numérisé non relu

PREMIER DUC DE FITZ-JAMES

« aucun bien, avec une famille. Elle comptait donc faire a tout ce qu'elle voudrait d'un tel homme, et qui était A entièrement dépendant de la reine d'Angleterre, la c( femme du Prétendant, princesse italienne, qu'elle avait c( extrêmement cultivée dans les longs séjours qu elle c( avait faits à Paris , et avec laquelle elle était dea meurée depuis en commerce de lettres et d'amitié. » Le roi et la reine d'Angleterre appuyèrent sa demande. « Puis le hasard fit que Berwick , qtii avait le ner « bon, et qui avait cultivé d'Harcourt de bonne heure, « comme un homme tourné à la fortune, était devenu « fort de ses amis, et que celui-ci , se trouvant seul « dans cette bouteille d*E$pagne^ acheva de déterminer « Ix)uisXlV*. »

Berwick avait donc reçu le commandement en chef del'armée d'Espagne, et Puységur, qui était l'âme de Tarméc de Flandre et qui lui avait été adjoint, l'avait précédé dans le lieu de sa destination, pour tout disposer, de manière à pouvoir tenter un grand coup à son arrivée. Or, que s'élait-il passé? Puységur n'avait rien trouvé de ce qui lui était nécessaire. Orry, qui était chargé par le roi d'Espagne de pourvoir aux besoins de la campagne, n'avait établi aucun magasin de vivres, alléguant qu'il ne l'avait pu sans la présence de Puységur, qui seul pouvait désigner les emplacements. « Il n'était pas dans son tort, » afiirme dans ses mémoires Berwick lui-même, qui intérieurement l'accusa peut-être, mais n'en fut pas le dénonciateur , comme le prétend Saint-Simon ', et qui s'efforça même de le blanchir. c( Il avait dit à Puységur « que les magasins seraient faits, et celui-ci avait com- « pris qu'on lui assurait quÛs étaient faits. Toute la tra- « casseric entre eux venait donc d'un malentendu. I^ roi

• Jf/iw. de Saint-Simon, i. IV. eh. iir, p. ^CO. — «/*id., p. 258, cli. m.

« d'Espagne, prince Irès-vérîdique, me cerlifia que ce « que Orry disait était la vérité *. »

Néanmoins Louis XIV s'en prit au gouvernement espagnol du retard et des difficultés inaUendues qu'éprouva la campagne de 1704. Il attachait du prix sans doute au témoignage de Philippe V en faveur d'Orry ; mais ce prince ne voyait pas gi^and'chose de ses propres yeux, et il avait bien pu, sur la foi de ceux qui le guidaient et sans déroger à son habiflielle véracilé, défendre un ministre dont la justification le disculpait lui-même. Berwick, d'un autre côté, devait trop à la princesse des Ursîns pour oser décocher un trait contre un de ses hommes les plus affidés ; la franchise de langage et d'opinion exigeait une position pins affermie. Deux ans plus tard, en 1706, plus sûr et moins craintif, il put bien faire à Orry le même reproche que Puységur lui adressait en 1704, et ne pas se payer de cette excuse réitérée, à savoir, quon l'attendait pour fam ce quil avait écrit de tenir prêt*; mais, en l'année où nous sommes actuellement, il ne pouvait pas parler ainsi ; il avait trop de ménagements à garder. Il laissait donc Puységur, qu'il jalousait du reste un peu, se heurter contre Orry et contre madame des Ursins, et donner la main à l'abbé d'Estrées; quant à lui, ce sont ses propres expressions, ex chacun ayant tâché de le mettre de son côté, il « dit la vérité aux uns et au c antres^ et ne voulut s occuper « de rien '. » Voilà bien 1 /lomme prudent qui nous a été dépeint plus haut, qui \câl faire son chemin, qui, ayant su s'élargir la voie, ne vise qu'à son but qui est de se consolider, y tend avec circonspection, parfois même en nageant entre deux eaux, et évite toujours de se faire des ennemis. 11 est nouveau, il est étranger, et il veut être autant, sinon plus, que beaucoup; de là sa réserve, sa

« .Wm. de Berwick, l. 1, p. 227-228 — « Ibid., p 307. — » /W</., p. 251 .

ET L'ABBÉ B'KSTBÉES. 15U

discrétion, sa flexibilité, sa timidité de jugement ; de là la politique, en un mot, de l'illustre, mais habile fondateur de la noble maison des Fitz-James. %^

On comprend alors pourquoi Louis XIV ajouta foi aux rapports de Puységur plutôt qu'à ceux de Berwick, et pourquoi aussi TaHaire de la dépêche de Tabbé d'Eslrées le trouva assez mal disposé pour madame des Ursins. Il la gronda fort « d*avoir attaqué le respect dû à sa per- (c sonne et le secret entre son ambassadeur et lui. et il « donna connaissance de cette réprimande à Tabbé d*Es- « trées \ » Celui-ci aussitôt de chanter victoire, de faire pleine gorge de Tavantage qu'il avait obtenu, et de joindre au dépit que devait en avoir madame des Ursins Thumiliation de la plus maligne publicité. Certainement il la croyait perdue ; ce fut lui qui tomba le premier. Madame de Maintenon aWn doucement à la parade, selon l'expression de Saint-Simon, et le duc d'Harcourt aussi, bon Normand ^ disait Tessé, quij pour être boiteux, n'en savait pas moins bien cheminer. Grâce à ce double appui, madame des Ursins fut encore maititenue à son poste. On devine tout le mécontentement de l'abbé d'Estrées. Il se plaignit, il se piqua, il offrit même sa démission ; on le prit au mot, et il dut songer à faire ses paquets, au moment où il croyait les autres perdus : ce fut pour lui une journée des dnpes*.

< Mém. de Satm-Simon, t. IV, p. 165. — * ilHd,, p. 166. M^fm. de Soailleg, t. \\l, p. 189, el Màn. de Saint-PhHippe, t. F, p. 254.

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