A VERSAILLES
laquelle il n*eiît pas été de bon ton de se soustraire, lui amenèrent, là comme ailleurs, un monde prodigieux. La cour elle-même s'en mêla, et, comme pour lui donner à entendre, de la manière la. moins équivoque, qu'elle était justifiée par avance, c'est Torcy, le plus important de ceux qui lui avaient fait défaut dans la conjoncture pré* sente, que Louis XIV désigna pour lui faire visite. On pense bien que Torcy fut étourdi de cette injonction; mais il fallutobéir, s'exécuter d'aussi bonne grâce que possible, et se présenter sans trop trahir son embarras. Le duc et la duchesse de Saint-Simon, qui ne lui étaient pas non plus très-favorables, bien qu'elle eût parfois rendu des services à leur famille \ allèrent aussi la voir. Enfin, pour mieux la confirmer encore dans Tespoir d'une réhabilitation certaine. Torcy l'invita à souper chez lui, et lui envoya sa mère pour la prier d'accepler, ce que madame des Ursins, contente de l'avoir humilié, ne lui refusa pas*. D'incriminée qu'elle était, on l'avait amenée, par toutes ces avances, à devenir accusatrice et à demander réparation. L'entrevue avec le roi ne devait plus avoir que ce caractère. Madame des Ursins l'attendait encore : on y mettait du retard à dessein ; on voulait pallier un peu un si brusque et si visible changement d'opinion, et paraître tenir toujours, en quelque sorte, le glaive suspendu sur sa tête, tant que la sentence suprême n'était pas prononcée. Vaines précautions toutefois, et vains artifices : chacun prévoyait, chacun même disait que cette entrevue ne pouvait être maintenant que le couronnement de son triomple.
C'est le samedi 10 janvier 1705 que la princesse des Ursins se rendit à Versailles, et le lendemain, en grand habit, elle alla chez le roi. Elle eut avec lui, dans son cabinet, un entretien, tête à tête, de deux heures. Le soir.
« Recueil de H. Gcffroy, p. 525. — « Ibid., p, 329, Ô2i'.
pour qu'elle ne sortit pas d'une bienséante modestie, le roi alTecta de dire, chez madame de Maintenon, qu'il avait encore bien des points à éclaircir avec elle. Mais la victoire était complètement gagnée. Madame des Ursins, au sortir de l'audience du roi, courut chez la duchesse de Bourgogne, qui la reçut également dans son cabinet, seule et assez longtemps; et ce ne fut pas pour implorer quelque appui, ce fut pour remercier sa gracieuse et constante protectrice. Le lundi, elle alla, dans le même but, chez madame de Mainlenon, où elle resta plus longtemps encore et à son aise. Elle la visita de nouveau le lendemain, et, le mercredi, elle revit la duchesse de Bourgogne, qui dînait chez madame de Mailly. et fit la partie avec elle^
Pouvait- on se méprendre sur la signification de tous ces faits? Certainement non. Le roi et la reine d'Espagne, considérant donc l'affaire de leur si chère camerera mayor comme terminée et heureusement terminée, ordonnèrent au duc d'Albe d'aller présenter leurs remercîments au roi, et en même temps de faire une visite de cérémonie à madame des Ursîns avec tout le personnel de l'ambassade, ce qui n'avait lieu ainsi qu'à l'égard des princesses du sang*. Madame des Ursins elle-même, mais sans se départir de la modestie et de la réserve qu'exigeait son rôle, ne douta pas, depuis ce moment, de son retour en Espagne ; autour d'elle tout le monde en parla comme d'une chose assurée; elle seule n'en dit mot; elle fit mieux : en femme politique et qui ne dissipe pas son temps dans de vaines ou indiscrètes paroles, elle témoigna de cette conviction, comme nous le verrons bientôt, par des actes dautorité, qui eurent leur effet en Espagne, et qui annonçaient une complète réhabilitation.
^ r.ecucil de M. Gcffroy, p, 327, 328, 3i9. — « Ilrid.