‹ La princesse des UrsinsChapitre 60 sur 278 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

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DE U CAHERERA MATOR.

Certains ont pensé que madame des Ursins ne souhaitait pas de recouvrer son pouvoir, et ils se fondent sur diverses lettres, écrites pendant Texercice et même dès la prise de possession de sa charge, où respire en eiïet un assez grand dégoût du poste qu'on lui avait confié. Ces lettres, qui révèlent en outre la flexibilité de son talent, la finesse piquante et gaie de son esprit, la souplesse enfin qu'une haute ambition savait imprimer à son caractère naturellement très-fier, nous les citerons dans leurs passages les plus saillants, pour qu'on puisse mieux juger de ce qu'il y a de vrai dans cette opinion. Aussi bien, en faisant mieux connaître la femme, elles nous initieront agréablement aux détails intimes des fonctions dont elle était momentanément dépouillée.

c< Dans quel emploi, bon Dieu! m'avez-vous mise, dit <t la première, datée du 12 novembre 1701, et adressée « à la maréchale de Noailles I Je n'ai pas le moindre re- M pos, et je ne trouve pas même le temps de parler à mon a secrétaire. Il n'est plus question de me reposer après le <v dîner, ni de manger quand j'ai faim. Je suis trop heu* ff reuse de pouvoir faire un mauvais repas en courant ; (« et encore est-il bien rare qu'on ne m'appelle pas dans M le moment que je me mets à table. En vérité, madame

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(( de Mainlciion rirait bien si elle savait tous les détails « de ma charge. Dites-lui, je vous supplie, que c est moi '< qui ni Vhonneur de prendre la robe de chambre du roi (( d'Espagne lorsqu'il se met an lit, et de la lui donner a avec ses pantoufles quand il se lève. Jusque-là je pi'enc( drais patience ; mais que tous les soirs, quand le roi « entre chez la reine pour se coucher, le comte de Béna- « venté me charge de l'épée de Sa Majesté, d'un pot de « chambre, et d'une lampe, que je renveree ordinairement « sur mes habits, cela est trop grotesque. Jamais le roi « ne se lèverait si je n'allais tirer son rideau ; et ce serait '< un sacrilège si un autre que moi entrait dans la « chambre de la reine quand ils sont au lit. Dernièrea ment la lampe s'était éteinte , parce que j*en avais <( répandu la moitié. Je ne savais où étaient les fenêtres, « parce que nous étions arrivés de nuit dans ce lieu là ; « je pensai me casser le nez contre la muraille, et nous « fûmes , le roi d'Espagne et moi , plus d'un quart « d'heure en les cherchant. Sa Majesté s'accommode si « bien de moi qu'elle a quelquefois la bonté de m*appeler « deux heures plus tôt que je ne voudrais me lever. La « reine entre dans ces plaisanteries ; mais cependant je « n'ai point encore attrapé la confiance qu'elle avait aux c< femmes de chambre piémontaises. J'en suis étonnée, « car je la sers mieux qu'elles, et je suis sûre qu'elles ne « lui laveraient point les pieds et qu'elles ne la déchausse- « raient point aussi promptement que je fais ^.. »

Une descendante des la Trémoille devenue femme de chambre d'un roi !.. . L'aristocratie française était descendue bien bas après Richelieu et après la Fronde : plus d'idées féodales et en quelque sorte républicaines; à leur place, la servilité monarchique qu'avait, dans Rome an-

• Wm. de Koailht, t. Il, p. 171.

ET SES FONCTIONS. i77

cicnne, stigmatisée Tacite pour ceux de sa classe et de son temps.

Il n'est question, dans la lettre que nous venons de citer, que des attributions domestiques de madame des Ursins, pour lesquelles on conçoit qu^elle n'eût pas beaucoup de goût. Il s*agit des fonctions politiques dans la suivante, qui est du 10 janvier. 4703, c'est-à-dire de lepoque de ses démêlés avec MM. d*Estrée&, et elle en parait au moins tout aussi fatiguée, a Tout me semble <f présentement plus tranquille, dit-elle en s'adressant à a Torcy, et j'espère que M. le cardinal d'Estrées achèvera a (le ramener les grands^ en faisant encore mieux valoir «I les raisons dont je me suis servie pour leur ôter leur «( défiance. Voilà, grâce à Dieu, mon ministère, si j'ose if me servir de cette expression, glorieusement fini pour « la reine. Jusqu'à c^ que vous songiez à me retirer d'ici» « je me mêlerai beaucoup moins de ce qui ne devrait pas « me regarder '. »

Enfin, dans une nouvelle lettre, écrite à la maréchale

de Noailles, le 28 juillet 1703, abandonnant le ton de

l'ironie, employé en parlant de M. d'Estrées à M. de

Torcy, pour prendre celui de l'indignation contre ceux

qui la jugent mal : « En vérité, s'écrie- t-elle, il est bien

« étonnant qu'on me croie affamée d'affaires. Je perds

a tous les jours en ce pays-ei quelqu'un de mes amis*

« parce que je ne me permets même pas de parler en

« faveur de ceux qui me marquent le plus d'attachement.

« Cependant mes amis et mes ennemis, d'accord ensem-

« ble, s'imaginent en France que je gouverne et que je

« veux gouverner. Pour me venger, je voudrais bien que

« ceux qui sont dans cette opinion eusseot le gouverne-

« ment d'Espagne sur leur tête, ils avoueraient bientôt

< M^m. de NoaiUeê, t. H. p. 35d.

a qu'il n'y a que des fous qui puissent de gaieté de cœur a se charger d'un tel poids'... » Ces lettres en disent beaucoup certainement sur les désagréments publics et privés de son poste. Nais on se méprendrait étrangement, si Ton en concluait que le pouvoir avait cessé de lui sourire. Toutes ces plaintes n'étaient que l'écho plus ou moins bruyant de contrariétés passagères. Les charmes de l'autorité finissaient toujours par l'emporter sur l'impression momentanée de ces inévitables dégoûts. lia vie politique, avec ses luttes, ses péripéties, ses vicissitudes, plaisait à son imagination, alimentait en elle une activité supérieure à son âge, et flattait son amour-propre de femme,* en l'arrachant aux occupations ordinaires de son sexe ; elle aiguisait aussi son esprit, fait pour l'offensive et pour la réplique, mettait en évidence et en jeu sa fermeté d'âme et son instinct de ce qui était noble, grand, royal ; elle faisait ressortir enfin son patriotisme, qui embrassait dans une union, conciliable avec une indépendance respective, l'Espagne et la France, résumant ainsi la pensée de Louis XIV, qu'elle croyait comprendre et pouvoir appliquer mieux que personne. « Oui, avait-elle écrit déjà a à la maréchale de Noaillcs, tenez pour certain que le a roi et la reine d'Espagne ne sont bien qu'entre mes e mains..., et que les gt^ands intérêts des detix couronnes « pourraient bien être compromis dans d'autres *.... »

11 n'en faut pas davantage pour nous convaincre que le côté politique de ses fonctions lui souriait toujours. Quant aux petits désagréments de ses attributions domestiques, elle en riait plus souvent qu'elle ne s'en plaignait, et l'on en sera convaincu, après avoir lu la lettre qu'elle écrivait, en décembre 1701, à M. de Torcy, un mois seulement après celle qu'avait reçue madame de Noailles. Elle est

• Ëten. deyoaUUs, pièces juslilic, t. III, p. 420. — « /Wrf., t. lï.

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