‹ La princesse des UrsinsChapitre 61 sur 278 · ET SES FONCTIONS · texte numérisé non relu

ET SES FONCTIONS

longue ; mais die est curieuse par les incidents d'étiquette et de mœurs dont elle contient le récit. Elle nous donne aussi ridée de l'anarchie qui avait régné à Ta cour sous (Charles II, du peu de cas qu'on y faisait des ordres du roi^ et des tendances de la nouvelle dynastie, qui voulait moins d étiquette et plus d'obéissance, mais qui avait encore bien des ménagements à garder. En outre, elle nous fait connaître, sous un certain aspect, un personnage très-împortant de l'Espagne, le patriarche des Indes. Pour achever de la caractériser, nous dirons que jamais la raillerie, sous la plume de madame des Ursins, n'a revêtu des formes plus pittoresques et plus malignes que dans cette épitre, et qu'on croirait lire la lettre la plus piquante de madame de Se vigne.

« Je crois, monsieur, dit-elle, que vous n'êtes jamais « de meilleure humeur que lorsque vous me faites Thon- « neur de m'écrire ; mais je vous avoue aussi que je n'ai « pas moins de plaisir quand je vous fais réponse. Qui (c vous a si bien informé du peu d'adresse que j'ai à porter a la lampe, que le comte de Béna venté me présente grau vement tous les soirs ? C'est sans doute madame la a duchesse de ?(oailles, qui est une causeuse et qui n'est a jamais plus aise que quand elle peut me nuire. Ne c< vous aura-t-elle point dit aussi que je laisse tomber (( assez souvent le pot de chambre du roi ; qu'ordinaire- «r ment je ne sais pas, le matin, ce que j'ai fait, le soir, « de son épée? Ce qui me console, c'est que vous seriez «I aussi embarrassé que moi, si vous vous trouviez chargé ff ^e cet attirail: car sûrement deux mains n'y sauraient « pas suiTire. Il ne se peut rien changer dans celte céréc monie. Le roi ne serait pas obéi, et je me ferais une (( afiaire, comme il est arrivé ces jours passés, dans une « chose beaucoup plus sérieuse néanmoins. Quoique le « comte de Mai^in (il était alors ambassadeur) doive vous

iFO LA PRINCESSE DES URSINS

0 eu écrire, je vais vous la raconter, quand ce ne serait c< que pour avoir le plaisir de vous parler d'un vieux et « malin petit singe, qu'on appelle ici le patriarche des (c Indes.

« Le jour de la Conception, le roi et la reine firent « leurs dévotions à la grande église. Il fut question, la « veille, de régler le cérémonial ; et, dans le temps que^ « Leurs Majestés me faisaient l'honneur de m'en parler, <i mon petit singe entra. Le roi lui demanda qui devait « tenir la nappe. Il répondit que, le roi défunt ayant touff jours communié seul, c'était lui et le sommiller de corps « qui avaient fait celte fonction ; mais que, la reine s'y « trouvant, c'était à lui et à moi à avoir cet honneur, « quoiqu'il eût encore a leur présenter la coupe. Après « qu'il se fût itîtiré, je représentai à Leurs Majestés qu'il « ne me paraissait pas décent qu'à l'autel et aux yeux de fc tout le monde je figurasse avec un patriarche; que, si c< cette fonction était ecclésiastique, je ne devais pas y « être employée, et que, si elle ne l'était pas, il me pa- « raissait beaucoup mieux que le sommiller la fit avec « moi. Le roi loua cette réflexion et envoya^ aussitôt sou (( confesseur dire au patriarche qu'il donnerait la coupe (i et que le comte de Bénaventé et moi tiendrions la nappe. « Ce prélat répondit que cela ne se pouvait pas, n'en donna « point de raison et ne fit aucune remontrance là-dessus. c< Le lendemain, dans le temps de la communion, le comte « de Bénaventé prit la nappe, qui avait été préparée, et je c( m'approchai auprès de la reine. Mais le petit prélat, « plus leste, gagna de la main et présenta au roi une c< autre nappe, qu'il tira apparemment de sa poche, et si «courte, qu'à peine l'extrémité arrivait jusquà la reine. « Le roi ne vit rien ; la reine me fit observer ce ridicule « par un signe qu'elle eut la bonté de me faire. Quand « on fut de retour, le roi me témoigna être fâché que le

Page 1