A LA COUR D£ VERSAILLES
(ionnclle, parce qu'on jugea encore à propos de ménager SCS parents, que le roi d'Espagne ne voulut jamais en rien diit;, « et garda toujours devers lui, dans cette affaire, a nous dit le marquis de Saint-Philippe, des motifs qu'il <i ne déclara jamais S »
Dans la crainte d'une évasion, pareille à celle du comte de Cifuentes, dont il a été parlé plus haut, le marquis de Léganez fut transféré de Pampelune à Bayonne, et plus tard au Château-Trompette à Bordeaux, où il fut moins à portée d'entretenir des relations avec ses amis politiques d'Espagne. Là il changea de langage : il tint des discours admirables sur Philippe V, et se plut à mettre un contraste parfait entre ses paroles journalières et les intentions qu'on lui avait prêtées. Toute la faction des d'Estrées, des Gramont, des Louville, s'en émut, et commenta, contre les nouveaux ministres envoyés ou réintégrés en Espagne, les propos du noble captif. Le public s'en mêla aussi, et proclama hardiment son innocence. Il n'y eut pas jusqu'à Chamillard qui ne fût ébranlé par tout ce qui se disait autour de lui, et qui ne parût même avoir envie d'accorder au marquis de Léganez, non-seulement la liberté, maisencx)re du service en France. 11 fallut que le chevalier du Bourk le détournât d'une mesure, qui aurait eu en Espagne un effet des plus désastreux. Dans sa lettre, il comparait au marquis de Léganez un seigneur, alors fortement soupçonné aussi, le duc de Tlnfantado, et, le plaçant un instant en France, dans la même position, il disait à Chamillard : « Rien de « moins étonnant que de pareils discours de la part d'un « prisonnier habile et rusé. Si le duc de l'Infantado était en a France; il ferait de même, bien qu'il ne soit pas permis a à un homme, même d'un sens médiocre, qui voit les a choses de près, de douter de ses mauvaises intentions '. »
< Mém. de Saini-PhUippe, t. I, p. 361. — ' Dépôt de h guerre, lettre citée, n- 9048.
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La cour de Versailles avait approuvé cette arrestation ; mais elle laissa l'opinion publique s'évertuer en suppositions plus ou moins touchantes sur le marquis de Léganez : « // est impossible d'Ôter au peuple la liberté de parti ler^ écrivit Louis XIV à Philippe V, qui se plaignait de « ce délwrdement de paroles. Il se l'est attribuée dans tous « les tempSi en toutpays^ et en France plus qu'ailleurs. Il « faut tâcher de ne lui donner que des sujets d'approuver et c( de louer. » Louis XIV d*ailleui*s n'en maintint pas moins la détention de ce seigneur; il garda même sa part de solidarité dans cette affaire, en se présentant, dans la dépêche, comme le complice de son petit-fils, et disant, comme deux personnes qui s'étaient entendues sur cette arrestation : « Je souhaiterais qu*on pût faire cesser la c< liberté des discours publics. Mais nous devions nous y f< attendre^ les preuves du crime du marquis de Léganez « n'ayant point paru^ »
Amelot, homme de parlement et vieux légiste français, aurait bien voulu frapper aussi d'une manière exemplaire un moine dé l'ordre des Mineurs, François Sanchcz, qui venait de faire soulever Grenade en faveur de l'archiduc, et dont l'action était plus manifeste. Mais Philippe V n'osa pas se livrer à l'impulsion qu'il voulait lui donner. 11 aima mieux, selon les lois du pays, se faire autoriser par le pape à traduire ce religieux coupable devant les juges séailiers, et demander un bref qui, lorsqu'il arriva, fut conçu de manière h ne rien décider*.
Dans son département, Orry remontait de son mieux les troupes de Philippe V, qui manquaient de tout. 11 forma un camp devant Madrid, à la grande joie du peuple espagnol; il supprima, comme il Pavait tenté déjà avant son rappel, les survivances d'emplois militaires, institua
' Lettre de Lonis XIV à Philippe V, 6 septembre 1705. — * Mém. de HoailUê, t. Il, p. 322.