‹ La princesse des UrsinsChapitre 77 sur 278 · DE L'AMIRANTE DE CASTILLE · texte numérisé non relu

DE L'AMIRANTE DE CASTILLE

tion qu'on venait d'avoir et qui avait si mal inauguré la campagne, cette demande fut mal reçue. L'archiduc, à qui on en référa, accorda pourtant Tautorisation désirée, mais ce ne fut qu'à la prière du roi de Portugal, et il jugea à propos d'adresser à l'Amirante une lettre, dans laquelle il ne se montrait nullement satisfait de sa conduite. L' Amirauté était trop exigeant : il voulait qu'on eût en lui une confiance que ses antécédents ne permettaient pas d'avoir. Il avait trahi son roi et son pays, il pouvait bien tromper ses hôtes. Mais il ne raisonnait, lui, qu'au point de vue de ses intentions et de ses engagements actuels, et ne comprenait pas qu'on les mit en parallèle avec ses obligations et ses actes passés. Il se plaignit donc de l'état de suspicion où on le plaçait, et de la manière dont il était récompensé par Tarchiduc lui-môme du concours qu'il lui prêtait. L'heure du diner étant venue, il sortit un peu, à ce qu'il parait, de sa sobriété habituelle : c'est pour cela que, s'étant mis à causer, après le repas, avec quelques officiers supérieurs sur le résultat de leur campagne, il s'échauffa, il oublia la réserve qu'il avait à garder, et, dans son emportement, accusa le général portugais, comte de Saint-Jean, de l'issue malheureuse des deux sièges d'Alcantara et de Badajoz. Cette parole était bien imprudente : elle lui attira une de ces réponses écrasantes, dont un homme flétri, et qui ne se sentait plus soutenu par Topinion de ses nouveaux amis, ne devait plus pouvoir se relever : a Vous comptiez donc, monsieur, que « les gouverneurs de ces places seraient traîtres comme « vous? » lui dit ce général. Cette repartie, que cite le maréchal de Tessé, d'après une lettre qu'il reçut au moment de cacheter la dépêche du 17 juillet à Chamillard, fut un coup de foudre pour TAmirante : « Il se mit aussitôt « dans une colère horrible et si forte, poursuit le maréchal, c qu'il fut suffoqué par une vapeur qui devint une apo-

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<r plexie. » Selon le marquis de Saint-Philippe, qui n'attribue cette attaque apoplectique qu'à la poignante lettre de Tarchiduc, TAmirante se serait remis une première fois; mais, le lendemain, le même accident se serait renouvelé à la même heure, et il y aurait succombé. La version donnée au maréchal de Tessé et transmise par lui en France est toute différente. « Aussitôt Tattaque déclarée, il dit-il, on courut aux remèdes, puis à Textrôme-onction. « Tout fut inutile, et Ton m'assure qu'il mourut dans la « même chaise où sa colère avait commencé. » En mourant, il fut plus généreux à l'égard des alliés qu'ils ne le méritaient, ou peut-être voulut-il leur prouver l'injustice de leurs soupçons : son testament établissait pour son légataire universel le prince même qui, par sa lettre offensante, l'avait le premier blessé au cœur. Vaine magnanimité d'un homme dont on était déjà las, et qui n'arracha pas un seul mot de regret ou de pitié à celui qui en était l'objet'.

Au moment où les traîtres étaient ainsi punis par ceux-là mêmes à qui ils s'étaient donnés, les grands d'Espagne déploraient la mort du comte de Villafranca, majordome du palais, et, comnie l'appelle le chevalier du Bourk, giand pilier de toutes ces étiquettes, dont ils se faisaient un prétexte de mutinerie ou de révolte dès qu'on en violait un iota *. Celte raison faisait que la cour s'en réjouissait. On pouvait, disait le chevaUer du Bourk, profiter de la vacance de cette charge pour établir les nouveaux gardes dans tous leurs privilèges, et nommer ensuite majordome quelqu'un de doux, de traitable, et qui, par son caractère pointilleux, ne fût pas un sujet perpétuel de discordes dans le palais. Mais, partageant

' Mém, de Saint-Philippe^ 1. 1, p. 323, 324, et dépôt de la guerre, tiM886, t. I, année 1705, leltre du 17 juillet, LXXXVlI* lettre. — * IM. Lettre citée du chevalier du Bourk à Gknmilhrd, 19 juin 1705, GCXXXVH* leltre.

ET DE VILLAFRANGA. 2i3

l'opinion du maréchal de Tessé et écho du même besoin, il croyait que la princesse des Ursins était indispensable pour tous les changements projetés, et regrettait beau- <x>up que le rhume, la fièvre, les chaleurs, ralentissant sa marche , retardassent son arrivée.

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