‹ La princesse des UrsinsChapitre 78 sur 278 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

RETOUB DK LA mUCESSE DES CRSIM.

15 juin au 4 août 1705.

La santé de la princesse des Ursins laissait toujours en effet beaucoup à désirer. Les luttes pénibles et continuelles qu'elle avait soutenues en Espagne contre les Louville et les d'Estrées, le dépit de sa disgrâce, le saisissement d'un ordre subit de départ, les souffrances d'un long voyage au milieu de Thiver, et, dans toutes ces situations, l'agitation constante d'une correspondance active, sérieuse, multipliée, avec la France et dans toute l'étendue de la monarchie espagnole, avaient fatigué à la fois sa tête et 9Dn corps. En ce moment, elle voyageait au plus fort de l'été ; elle quittait le climat tempéré de la capitale de France pour s'en aller, non sous un ciel plus doux encore, mais vers des pays de plus en plus chauds, notre Midi, TEspagne, et chaque pas qui la rapprochait de ces contrées lui apportait l'incommodité croissante de leurs brûlantes vapeurs. « Vous qui connaissez mes « yeux, écrivait-elle à la maréchale de Noailles d'une des « stations de son pèlerinage, et qui în'avez entendue « tousser, vous pouvez juger si ce voyage convient à ma « santé ^ » Sa force de volonté, son amour-propre satis-

< Recueil do M. Gcflroj, L* lettre, 6 juillet 1705, madame des Ursins â la maréchale de Noailles.

fait, l'orgueil de pouvoir étaler son triomphe au milieu de ses ennemis et à la face de l'Europe, son dévouement aussi à la grande idée de l'union de TEspagne et de la France, la soutenaient. Hais parfois, dans ces moments de défaillance, qui prennent aux âmes les plus fortes parmi les hommes eux-mêmes, il lui arrivait d'oublier son ambition pour ne penser qu'à ses peines, et de dire à Vamie qu'elle avait recouvrée qu'en vérité c'était bien par soumission qu'elle acceptait le fardeau, bien plus lourd, qu'elle aurait à porter en Espagne \

Elle cheminait néanmoins vers sa destination, recevant ou écrivant des lettres à chacune de ses étapes, se faisant instruire de ce que faisaient Amelot et Orry à Madrid, engageant surtout Chamillard à les encourager, parlant des soldats espagnols, ne craignant plus, à présent, que Philippe V allât au milieu d'eux, communiquant l'opinion des officiers qu'elle rencontrait sur sa route, et enfin donnant de ses nouvelles à ses amis de Versailles et de Paris, ou à ceux, connme elle disait, qui voulaient qu'elle les ciiit tels V De Chargé, prés d'Amboise, elle fait part au ministre français du bonheur qu'éprouvaient le roi et la reine d'Espagne d'avoir eu auprès d'eux, au moment de l'emprisonnement du marquis de Léganez, un ambassadeur sage et auquel ils pouvaient s'abandonner en confiance. Elle le rassure contre les craintes que ce coup de vigueur pourrait lui faire concevoir, lui disant que cela ne fera qu'intimider ceux qui s'opposaient à l'établissement des nouveaux gardes, et que, du reste, pour cet article, on devra profiter, comme l'avait dit aussi le chevalier du Bourk, de la mort du majordome Villafranca. Elle le prie en conséquence de prêter bon appui à Amelot, et de ne pas négliger non plus Orry, Orry, qui n'est pas homme,

* Recueil de M. GetSroy, L* lettre, 6 juillet 1705, madame dea Unina à k maréchale de NoaiUea. — • IlHd.

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