RETOUR DE MADAME DES URSINS
dit-elle, à rien mettre de côté sur la pension que la France lui donne, en dehors de ses appointements en Espagne; Orry, qui se sacrifie sans réserve au service du roi, et qui n*a pas le temps de remédier au désordre de ses propres affaires, ce qui incommode beaucoup sa famille; Orry, pour qui il ne faut pas être trop regardant, et en faveur duquel elle voudrait bien que les mois de disgrâce qu1l a passés à Paris ne fussent pas défalqués de sa pension annuelle, puisqull était, comme elle, replacé en Espagne et, comme elle, acquitté*. Cette lettre valut à Orry, delà part de Chamillard, une de ces admonestations acerbes où éclate la rudesse parcimonieuse d'un intendant qui injurie ses employés quand il ne peut retenir quelque parcelle de leurs gages. Chamillard était vexé qu'on lui forçât la main par l'intervention de madame des Ursins, qui raisonnait, qui parlait de haut, et à laquelle il voyait bien qu'il ne pouvait pas en ce moment résister. Il en gronda donc Orry, lui disant qu'il ne savait que demander, toujours demander; que, quant à lui, il se perdait à toutes ces réclamaitions relatives aux mois de pension écoulés à Paris, et faites par un homme qui n'ignorait pas quil ne devait jamais retourner en Espagne ; que, du reste, c'était fatigant de voir la France se saigner les quatre veines pour l'Espagne et ne rien faire pour elle *. Il répondit aussi, le même jour, à la princesse des Ursins qu'Orry était un solliciteur perpétud, soit par lui-même, soit par sa femme, et qu'il était à désirer qu'il fût plus occupé de travailler pour sa gloire que pour ses intérêts... Mais il accorda l'arriéré de pension qu'on avait demandé pour lui' ; c'était l'essentiel. Qu'importait, après cela, qu'il ne se fût pas exécuté de bonne grâce ; madame des Ursins
' Dépôt de la guerre» Letlrc de la princesse des Ursins i Chamillard, i9 juin 1705, t. m, CCLXXV lettre, n* 18S5. — * IM., t. IV, 6 juillet 1705, n« 1886, Chamillard i Orry. — ' Ibid. Chamillard i madame des Ursins.
n en avait pas moins fait une chose qui était due. Un mois après, le tîO juillet, comme nous le verrons tout à l'heure, elle sut bien, par une nouvelle lettre, le faire revenir à des sentiments plus aimables et plus doux.
En attendant, elle continua son voyage, en passant par Bayonne, Saint-Jean de Luz, Rurgos, Berlanga, n'oubliant rien ni personne, s'excusant auprès de son bon frère, le duc de Noirmoustier, de ne lui avoir pas fait ses adieux en parlant, crainte de faiblesse, et priant, de Burgos, la maréchale de Noailles, dont ce seigneur était Tami intime, le favori^ comme elle Tappelle, de le lui dire. Elle applaudissait également au projet de mariage d'une fille de la maréchale avec le fils du duc d'Albe, et enfin ne négligeait pas madame de Maintenon, dont elle recevait des lettres, écrivait-elle à la même dame, a tou- «c jours nobles, toujours spirituelles, comme vous savez « qu'elle les fait *. » De Burgos, le 6 juillet, elle annonçait qu'elle n'était qu'à cinquante lieues de Madrid^ qu'elle irait vite, et qu'avec toute la diligence que pouvaient faire les mules et elle aussi, elle y arriverait dans sept jours. Biais sa santé sans doute l'obligea de séjourner à Burgos plus longtemps qu'elle ne pensait ; car, le 29, elle n'était encore qu'à Berlanga.
C'est de cet endroit qu'elle reprit en sous-œuvre notre fâcheux Chamillard, dont Orry n'avait pas manqué de lui parler. « Eh bien, monsieur, lui dit-elle, si je suis cona tente de pouvoir arriver lundi prochain à Madrid, et de a n'avoir plus à marcher neuf ou dix heures par jour « dans un pays où la canicule tue jusqu'aux animaux, <c \ous ne devez pas l'être moins des opérations de vos «c nouveaux acteurs. Assurément les choses ont changé « du blanc au noir depuis qu'ils travaillent. Je l'apprends
* Hecoeil de M. GelTroy, 6 juillet 1705. De Burgos, madame des Ursins i Ja maréchale de Noailles.